Je crois que j'avais très mal commencé et que c'était un signe. A 5 ans je me considérais comme amoureux de Sophie, je tentais déjà une approche romantique. Je ne sais pas qui m'avait mis dans la tète qu'à cet âge là, un garcon éprit offre des fleurs à sa désirée. Alors quand ce garçon est timide et qu'il n'ose pas faire lui-même le boulot, il envoit en première ligne son p'tit cousin Antoine, de deux ans son cadet. Ce devait être une franche réussite. Quand les marguerites arriverait dans ses mains, Sophie m'offrirait toutes ses dents à travers son plus beau sourire, avant de m'offrir le miel de ces lèvres à travers un baiser sincère... Est-ce que vous avez remarqué la propension que l'on a à prévoir des choses, à projeter, à scénariser avant un rendez-vous, un acte amoureux ? Ce qui était prévisible arriva. Antoine se trompa de destinataire, offrant les marguerites à Ingrid. J'accouru pour rectifier, bafouilla des onomatopées catastrophiquement inaudibles qui mirent les sourcils de Sophie en circonflexe, Ingrid comprit l'erreur, jeta les fleurs par terre, pleura en les piétinant. J'étais immobile et incapable de changer quoi que ce soit à la tournure désastreuse qu'avait pris les événements. Mickaël, le redoublant costaud qui disait déjà des gros mots passa par là, et s'envola vers le tourniquet de ferraille rouillé du fond de la cour, avec à son bras mon premier frisson amoureux. Il ne faut jamais prévoir les choses quand on est amoureux...
Est ce qu'on a besoin d'avoir 30ans pour faire le bilan, comme le suggère Xavier dans Les poupées russes ? Je crois que le moment arrive quand on sent qu'on a posé son coeur sur la plus petite, la dernière de ces poupées qui était caché dans toutes les autres...
Seli est une fille incroyable. Elle est capable, dans la même minute, de m'émouvoir d'un battement de cils, découvrant ainsi ses yeux d'une profondeur abyssale, puis de me faire revenir sur terre, en hurlant les plus grasse insultes à l'attention d'une clio blanche qui ne se rabat pas assez vite sur la fille de droite, d'enchaîner par le pelotage sensuel du haut de ma cuisse gauche en raprochant sa bouche entrouverte de la mienne et condamnant à la faillite mon système respiratoire... Puis en le sauvegardant au moment où elle se retire soudainement en me lançant un "ohhhh pffff... tu sens l'tabac!!!" des plus castrateur... Seli est belle. Point. C'est un euphémisme. Elle est un peu comme un chocolat de luxe d'une confiserie réputée : l'emballage est beau, le contenu est bon. Seli a 28ans, aime acheter des livre dont elle ne lit que la dernière de couverture, fumer des pétard et boire du vin rouge de qualité, rire et écouter des chansons aux paroles tristes. Elle a une humeur aussi stable que les plaques tectoniques sur lesquelles se trouve le Japon. C'est un paradoxe constant. On a envie de lui sourire toute la vie et de la gifler l'instant d'après, de lui faire un enfant et de partir en courant, de la couvrir de baiser et de lui hurler au nez. On ne sait jamais sur quel pied danser. Elle n'est pas une amatrice de transitions, elle aime passer du silence à la fureur. Voilà, c'est la dernière chose qu'il faut préciser, alors que nous sommes dans la silencieuse réflexion d'une conversation sérieuse, elle peut tout à coup chanter à tue-tête : "Allez viens, j't'emmène au veeeeeeeeent... je t'emmène au dessuuuuuus des gens..." . C'est sans doute ce qui la rend si attachante. Alors c'est une information à mettre au conditionnel, mais il semblerait bien que je sois amoureux d'elle.
Pour laisser tomber cette sentence sentimentalo-littéraire, un retour en arrière s'impose. Est-ce que je sais ce qu'est être amoureux ? Est ce que je ne galvaude pas mes sentiments ? Est ce que je ne m'enflamme pas une nouvelle fois ? Antoine ne va-t-il pas se tromper de destinataire ? Vais-je prévoir des choses qui ne sont passeront absolument pas comme il faut ? Mickaël, le redoublant de maternelle, a-t-il chopé le tétanos sur ce vieux tourniquet tout rouillé ?
Je crois qu'a un moment donné dans ma vie sentimentale deux chemins se sont offert à moi comme, je pense, ils s'offrent à nous tous. Être un conard ou être un gentil. Ou si vous préférez, être un Qui-montre ou être un Qui-montre-pas. Les Qui-montre sont des gens plein de candeur et de naïveté qui croient être dans le bon chemin. Ils disent les choses quand ils le ressentent, ils ne se cachent pas, ne jouent pas les jeux stupides tels que "fuis-moi...suis, suis-moi...fuis et nanani nanana", sont aussi fidèle que des hommes de Dieu, n'ont peur ni du passé, ni de l'avenir, croient en l'amour, et garde toujours l'espoir même quand cela se barre en couille. Ce sont des petits cons qui se sont auto-élevé sentimentalement au cinéma et à la littérature romanesque comme les jeunes filles étaient biberonné aux histoires de princes charmants, il n'y a pas si longtemps. Les Qui-montre-pas sont tout le contraire. Ce sont des conards lucides qui ne lisent pas, et qui vont au cinéma sans chercher à s'identifier. Ils ne lâchent rien, sont méfiants, stratégiques, pragmatiques, opportunistes et retombent sur leurs pattes comme des aristochats. Très vite, mon chemin était tout tracé. J'allais me gaufrer la gueule avec les Qui-montre, et m'y complaire, et insister. Au lieu de m'aiguiller sur l'autre chemin, l'expérience Sophie, allait motiver le têtu que je suis, à prouver que les histoires d'amour littéraire et cinématographique sont inspiré de la vrai vie... "Oui, bonjour, pour aller droit dans le ravin ? c'est ici ? merci..."
Autant ne pas démarrer par le début. Sophie a été l'échec cuisant que je vous ai narré précédemment et nulle besoin de s'attarder plus longuement sur ces délicieux et longs cheveux châtain clair et sur l'envoûtement du timbre de sa voix. Consciemment ou pas, cette histoire m'a fait faire un bond de dix ans. De la bévue d'Antoine, jusqu'à ce nouveau frémissement : Rien. Aucun souvenir, Aucune sensation, Aucune sudation accentuée, ni gorge noué. J'ai traversé mon enfance et la pré-adolescence sans sentiments. Je me suis construit des rêves, des désirs, des références, des comme-je-veux et des comme-j'aimerais. Je me suis façonné une identité sentimentale avec le cinéma français en croyant voir la vie des gens pour de vrai. Et puis tout s'est accéléré. Anne est arrivé avec ses yeux gris/jaune, sa lèvre inférieure légèrement ourlée et sa poitrine démentielle. Ma crédulité adolescente m'a fait penser, à l'instant où je l'ai croisé pour la première fois que c'était elle... Qu'aujourd'hui ou demain, ce serait ma dernière. Cette idée-là, me fera beaucoup de tort par la suite. Je ne vais pas vous surprendre, tous mes stratagème romantique n'auront rien fait. J'ai flirté avec, mais ne l'ai point eu. Je lui ai déclaré ma flamme avec plus de prose que Chateaubriand, mais ne l'ai jamais tenue par la main. Et la vie a suivit son cours. Rapidement, Julia fit irruption. A mesure que je construisais mon univers, mes croyances, mes convictions sentimentales et relationnelles, que j'écoutais, analysais, lisais, mes échecs étaient toujours un peu plus violent. Julia, était brune, mâte de peau, femme à seulement 16ans. Elle était tout sauf précieuse, buvait de la bière, savait se battre,mais avait un visage aussi touchant que l'apparition des premières fleurs au printemps. C'était comme un meilleur pote qui pouvait te faire bander rien qu'en te souriant. J'ai pris le temps, j'ai tourné ma langue sept fois dans ma bouche, j'ai commis des silence révélateurs, j'ai essayé d'être intuitif... Et puis j'ai été un Qui-montre. Et puis j'ai morflé. Et puis j'ai passé des heures à écouter des chansons de U2 dans ma chambre, en espérant la voir arriver par le balcon. Et puis c'est passé. A un moment, n'importe quel mec, se rend compte qu'il faut devenir un autre. Que les histoires d'amour ne s'espèrent pas, qu'elles se vivent quand elles sont là. Et bien moi non. J'ai gardé mon fonctionnement, croyant à ma bonne étoile, pensant être le héros du film que je vivais et dont j'étais le seul spectateur. Pathétique. Ce film a en tout cas des casteur de bon goût. Il amena un nouveau second rôle féminin époustouflant. Au détour d'une rue menant au lycée, je l'ai croisée un matin, comme j'en croisais des dizaines tous les jours. A la lueur d'un rayon de soleil de septembre, j'ai vu ses dents briller, ses yeux scintiller, ses cheveux flotter, son décolleté me provoquer et sa cambrure m'incendier. Elle s'appelait Marie et sa conception devait être immaculée. Je me suis frotté les yeux. J'étais déjà dedans. J'ai passé des semaines à tenter de l'approcher et j'y suis arrivé. J'ai passé des semaines à essayer de la faire rire et j'y suis arrivé. J'ai passé des heures à chercher sa langue et je l'ai trouvé. J'ai écrit des chansons aux notes de violons sirupeux pour la courtiser durablement mais rien n'y a fait. Je me suis, une nouvelle fois, retrouvé seul, mes yeux et mon front face aux paumes de mes mains, Une nouvelle fois, mon scénario était refusé par le producteur de ma vie. Ce mauvais film commencait à avoir des longueur et des redondances irritantes. Cette nouvelle baffe, m'a un peu calmé et je me suis rabattu sur des séries AB Production. Ce n'était pas l'extase, mais au moins, j'ai laissé U2 tranquille. Les années ont passé, mon adolescence avec.
J'étais maintenant un jeune homme légérement écorché par tant de tentatives infructueuses, un Qui-monte qui se cachait un peu, tapit dans l'ombre, bien décidé désormais à ne sortir voir la lumière et décocher ses déclarations qu'après l'apparition de certitudes. D'un point de vue spectateur, on peut considérer que j'étais devenue un Qui-montre-pas. J'enchainaisdes relations plates, mon coeur etait aphone et mon inspiration insipide, il n'y avait aucun danger car aucune envolée. Oui, je devenais un connard de substitution. J'ai toujours été un peu schyzophrène je crois. Virginie, Ambre, Loan, Léa... Il n'y a rien de plus triste que de vouloir, ou d'être avec, une fille dont vous n'avez pas peur qu'elle ne vous aime pas. Cela n'a rien de péjoratif, elles n'étaient juste pas faite pour moi. Pourtant, c'est grace (ou à cause) d'une de ces filles, que j'allais replonger dans mes sentiers tortueux, que j'allais retrouver ma place dans le sinueux chemin des Qui-montre. Depuis le début et jusqu'à cet instant de ma vie, j'étais persuadé que si j'éprouvais quelquechose de bizarre pour quelqu'un que je découvrais, c'est que j'en devenais amoureux. Je crois que dans les histoires, on appelle ça, le coup de foudre. J'étais avec Léa et notre relation ressemblait aux Pays-Bas... En cet après-midi de juin, nous étions assis à la terrasse d'un café de bord de mer, et la foudre tomba, alors que soleil occupait le ciel. Une brune à la chevelure encore humide et salée arriva, elle portait un paréo et sous son haut blanc léger et échancré, on pouvait distinguer son bikini vert. Sa peau bronzé était blanchi par le sel séché de l'eau de mer. Elle marcha jusqu'à notre table, s'arréta et avec un grand sourire nous regarda. C'était une amie de Léa, elle sappelait Jeanne et venait de me sortir de la monotonie de mon existence. Dès le début, j'ai su que je la voulais. Dès le début, j'ai cru que je tombais amoureux. Dès le début, j'ai cherché à ce qu'elle me regarde. Parce que oui, petite paranthèse. Je ne suis pas un garcon qu'on regarde naturellement. D'elle même, une fille ne se penchera pas sur moi. Je ne suis pas ce qu'on peut appeler, quelqu'un de beau. C'est parce que je vais essayer de faire remarquer ma personnalité qu'on va éventuellement poser ses yeux sur moi. Paranthèse refermée. Au bout de quelques temps, Jeanne m'a regardé. De très près même. J'ai adoré m'ennivrer avec elle, lui parler sans prononcer un mot, me cacher pour la retrouver, pretexter toutes sortes d'excuses pour m'échapper des autres, avoir pour carrosse sa voiture sur les hauteurs illuminé des nuits qui tombent. Jeanne et moi étions illégitime. En effet, tout comme, j'étais avec Léa, elle était avec quelqu'un. C'était passionant et réciproque. Enfin c'est ce que je croyais. J'ai fait mon Qui-montre. J'ai quitté Léa et déclarer mes envies de vie à Jeanne. Elle n'a rien dit, ou pas su quoi dire, elle était une Qui-montre-pas. Elle n'a pas quitté son copain et m'a reproché de l'avoir fait à Léa... Une fin, somme toute, connue d'avance, pour un Qui-montre...
Et là, j'ai arrété. Je me suis mis à observer. A regarder les gens vivrent. A écouter, sans juger, à avoir l'oeil sur des petites choses futiles ou délicates. Je suis devenue le spectateur de leurs vies. Je me suis assis sur le tabouret d'un bar, j'ai bu et j'ai contemplé le fabuleux spectacle de la vie des autres. J'en suis même venu à conseiller. Je ne me suis plus posé de questions sur mon film. Il était aux oubliettes. Considérant peut-être que je m'étais surement trompé de chemin au départ et qu'il en faudrait, du temps, pour que je change. J'avais cette phrase toute faite, que les parents nous disent pendant l'éducation, qui défilait dans ma tête comme un message : Il faut tirer les leçons de ses erreurs.
Que ce soit clair de suite. Adulte, en amour, on ne tire jamais les leçons de ces erreurs. On est comme on est. On est comme on s'est fabriqué. On s'est construit notre ADN, notre personnalité sentimentale et il est quasiment impossible d'en changer, même si l' on se trompe, même si l'on se fait mal. Simplement, à un moment, on sait que ce n'est plus grave. que peut importe les erreurs et les défauts, ça ira avec elle...
J'ai pensé que ce moment arrivait quand j'ai vu Anne, re-débarquer dans ma vie. J'ai cru la boucle bouclée. J'ai repensé à ce moment là, où je me disais que c'était elle, qu'aujourd'hui ou demain, elle serait la plus petite, la dernière. Et aujourd'hui, nous étions demain. Anne et moi étions adulte, et la première fille qui m'avait donné envie de faire l'amour, revenait vers moi. Qui n'aurait pas flanché ? Qui n'y aurait pas cru ? Quelle personne, dans ma peau, avec mon ADN sentimental et ma putain de vie au scénario en attente, n'aurait pas mis la bobine et entendu "Action" ? Qui n'aurait pas prévu, projeté, scénarisé sur ces retrouvailles digne d'un des films que j'ai vu des dizaines de fois ? Alors, plus que d'habitude, j'ai été un Qui-montre, croyant que j'arrivais au bout du chemin. C'est triste, mais je me suis cru fou d'elle, simplement parce que mes souvenirs revenaient et que j'etais surement fier de me dire: "j'y suis arrivé !". On appelle ça, s'emballer, mettre la charrue avant les boeufs ou dans ce cas là, se croire amoureux avant de le ressentir. La petite histoire s'arréte là. Les prémices mielleux d'une relation fusionelle laissèrent place au constat amer dune vaste fumisterie en trompe-l'oeil.
Quand j'ai rencontré Seli, il ne s'est rien passé d'extraordinaire. Ses cheveux n'était pas en train de tournoyer en sentant la lavande, elle ne m'est pas apparu en pleine lumière au détour d'une conversation brumeuse. Une connaissance me l'a présenté entre deux verres de whisky un samedi soir de Juin. Je l'ai trouvé belle, mais comme je l'ai déjà dit, ça c'est une évidence. De toute façon, elle était trop belle pour moi. Ca en été fini des délires. Il fallait que je comprenne que j'étais surement fait pour une fille qui ne me ferait pas rêver. Et puis comme j'étais éreinté par tant d'emballage incohérent, c'est sur ça n'aide pas à vivre des choses. Seli et moi, nous nous sommes recroisé des dizaines de fois, avec toujours ma timidité pour partenaire et ma retenue en bandoulière face à une beauté aussi certaine. Je n'ai jamais cherché à ce que ces yeux aux couleurs indescriptibles se posent sur moi. J'étais devenu un vrai peureux. Et la vie a suivi son cours... La plupart des couples adorent se raconter des histoires, penser que leurs rencontres revêt d'un caractère exceptionnel, abreuvent leurs auditeurs de détails surprenants et atypiques lorsqu'il racontent le parcours de leur union qui pourtant, s'est formé dans une banalité la plus totale. On cherche à être unique à deux, pour se persuader qu'on est au bon endroit avec la bonne personne. C'est quand Seli, est rentré dans ma vie qu'il s'est passé quelquechose d'extraordinaire. Pas dans les faits c'est certains. Nous nous étions rencontré depuis trois déjà, mais sans rien prévoir, nous nous sommes mis à discuter un jour. Un jour comme un autre. Etait-ce parce que nous étions chacun derrère un écran, que notre image n'apparaissait pas, que tout a changé ? Surement un petit peu. C'était loin d'être un scénario extraordinairement cinématographique comme j'avais cherché à en vivre dans ma vie. Pas d'apparition ensoleillée, pas d'oiseaux qui chantent, pas de violons qui berce, pas de mains moites, ni de sueur dans le dos. Juste le sentiment de découvrir sincérement une belle personne, et non pas une belle image. Et puis les seule choses qui ce sont emballé pour une fois, ce sont nos coeurs, ensemble.
On ne se refait pas. J'ai laissé une part de romantisme mielleux de cinéma dans notre re-rencontre. Je n'ai en aucun cas tiré les leçons de mes erreurs et oui, j'ai prévu. J'ai prévu alors que j'étais dans un acte amoureux. Au risque d'etre déçu. Il faisait beau. nous devions nous retrouver dans un endroit neutre. J'ai donné rendez-vous à Seli, sur une esplanade face à la mer, espérant qu'ici commençe notre lutte contre l'amer. J'étais tourné vers le large, Ne le dis à personne de -M- dans les oreilles, enchainant les clopes et les Tic-Tac. Je tournais le dos à son arrivée, c'était le meilleur moyen pour moi, de ne pas nous rendre mal à l'aise. J'étais en transe, je n'entendais rien, elle pouvait arriver d'un moment à l'autre. mes jambes flageolaient. Il faisait un peu frais, avec cette légère brise de bord de mer... Et j'ai ressenti une chaleur dans le dos. Mon souffle a trésailli et mes jambes se sont écroulé. Du moins c'est la sensation que j'en ai eu. Puis je me suis figé, la chaleur fut plus présante. Des bras ont fait le tour de ma taille, tandis qu'une tête se posait délicatement sur ma nuque. Elle m'a bercé dans un flow très lent et nous nous sommes tu pendant quelques secondes qui semblèrent une éternité. Lorsque nous l'avons senti, nous nous sommes retourné, pour nous regarder dans les yeux. C'est difficile de définir le trouble... Nous nous redécouvrions physiquement après s'être découvert tout court. C'était bon. Je pensai : "c'est exactement le genre de fille que je voudrais emmener en vacances à Barcelone". Bien sur, et naturellement mes lèvres se sont posé sur les siennes et je lui expliqua que le gros trait noir sur l'esplanade, espérait voir un petit frère apparaitre lors d'un de nos futurs passages ici. On ne se refait pas... Enfin, c'était une entrée en matière classique qui détermine souvent le début des choses qui le sont un peu moins par la suite.
Je m'appelle Enzo et je n'ai pas encore30 ans, j'essaye d'être un auteur. J'ai vécu des films, j'ai vu mes histoires, j'ai raconté des livres et j'ai lu ma vie. J'ai un gros problème. J'ai été influencé toute ma vie, par les choses que j'ai adoré voir ou lire. Je me soigne, mais vouloir vivre en racontant des histoires aux autres, et vivre sa vie sans s'en raconter, ne rend pas la guérison évidente. Seli l'a bien comprit, et c'est peut-être pour ça qu'elle est toujours dans ma vie. Certes, pas autant et comme je le voudrais, mais elle y est. Elle va et vient dans ma vie comme moi entre ses reins. Elle a bien saisi que j'avais cru que ma vie était une comédie romantique et que je crois que ça l'enerve un peu. Y'a des tas de trucs, chez elle, qui m'enerve. Moi, j'aime bien qu'elle m'enerve parce qu'elle le sait et le voit à mon visage, et que moi je m'évertue à lui faire croire que "non, c'est pas vrai, n'importe quoi... j'suis tranquille là". Notre histoire est compliqué mais je ne m'en plains pas, c'est la notre. Seli est parfois présente, parfois moins.
Alors quand on se revoit, je suis aussi sec et tarit que mon corps lorsqu'elle me quitte et que mes larmes l'accompagne. Quand elle me revient, je n'ai plus rien a sortir puisque tout s'en va avec elle. C'est l'histoire du serpent qui se mord la queue. C'est assez douloureux et cocasse au début d'avoir toutes les chansons de la terre à lui sussurer lorsqu'elle s'en va, et d'avoir tout dilapidé lorsqu'elle revient, mais on s'y fait assez vite. En fait, Seli et moi, c'est la vague et le sable. Elle vient, déboule avec la force du large, prend un peu de moi en me laissant sa trace humide, et repart du sable plein la vague. La redondance nous attache. Je ne suis absolument pas triste de cette situation. Je n'ai jamais été aussi heureux de vivre quelquechose avec quelqu'un. Depuis qu'elle est dans ma vie, je regrette d'avoir connu d'autres filles. Seli m'a enfin fait comprendre ce qu'est être amoureux. Et puis c'est quand même la seule que j'ai présenté à mes parents, et ça ce n'est pas rien. C'est ma poupée russe, je le sais, c'est juste qu'elle est parfois un petit peu glissante et fuyante. Il y en a plus de 3 miliards sur Terre, et je suis fier d'avoir posé mon être dessus. Finalement, la seule leçon que j'essaye de tirer, c'est qu'il ne faut jamais prévoir les choses quand on est amoureux. Même si parfois je me prend à rêver qu'un jour, je ferais un grand puzzle sans motif. Il n'y aura pas de personnages ou de décors. Ce sera un fond blanc sur lequel se détacheront des formes rouges. Ces formes qui se révéleront être des lettres. Seli passerait de temps à autre sa tête au dessus de mon épaule, entre deux tirades de chansons française. Elle verrait le spectacle de la révélation progressive de ce dénouement. Il ne resterait que quelques pièces et déjà Seli pourrait deviner ce message construit avec minutie. Oui, elle pourrait alors lire ce qui était écrit : "Veux-tu devenir ma femme ?"...
Je n'ai pas la fin de ce casse-tete chinois qu'a provoqué la découverte de ma poupée russe. Je verrais ça au moment du générique. Tout ceci a provoqué un beau bordel digne d'une auberge espagnole. Tiens, ça ferait des bons titres de films ça, non ?!
On ne se refait pas...
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires
Au moment où mes yeux s'ouvrent, je n'ai
absolument aucune idée de la trajectoire que mes prochaines trente-six heures vont prendre.



