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D'Hyères et d'aujourd'hui... (Le blog d'Alex Taurel)
ou les masturbations intellectuelles d'un
branleur...
On en est donc là. Ce vendredi, dans ce bordel, Nino écoute l’histoire de cette fille-là. Un an après son arrivée, ou plutôt devrait-on dire son parachutage contraint et forcée ici, elle vient de raconter son parcours à un inconnu. Elle qui s’était promis de ne plus s’ouvrir, se confier, se fissurer… s’affaiblir. Il faut croire qu’il y avait dans l’attitude et le regard de Nino un je ne sais quoi de confident. La situation est tout à fait cocasse. Un bordel, un client, une pute qui discutent intensément au comptoir du bar. En voilà une qui ne doit pas très bien gagner sa vie doivent songer les autres clients. En voilà un qui doit être gay doivent songer les autres prostitués… ou timide ? Ou ultra riche ? A un moment, on ne sait plus trop comment, on ne sait plus trop pourquoi, Vesna, sans dire un mot, a décroisé ses jambes, est descendu du tabouret, a posé ses talons aiguilles sur le carrelage gris anthracite du bordel, a pris la main de Nino et s’en est allé dans l’opacité de ce monde de péage sexuel. Une location de chambre, un kit sanitaire pour faire comme tout le monde et les voilà devant la porte de la chambre numéro 23, premier étage, au fond du couloir à gauche. Pour dire vrai, ils étaient un petit peu pompette tous les deux. Est-ce l’ivresse de leur rencontre ? Ou les effets pervers de ce liquide aux couleurs d’yeux de Vesna ? Surement un peu des deux. Ils pénètrent et derrière la porte qui se referme sur eux, démarre les premières minutes du reste de leurs vies…
Embrasse-t-on une prostituée avec langueur ? Un rapport tarifé n’a-t-il pas une durée limitée ? Joui-t-on de concert dans ces endroits ? Une pute a-t-elle le droit de faire l’amour sur son lieu de travail ? Reste-t-on l’oreille collé sur le ventre de sa déesse, pour écouter son rythme cardiaque reprendre son état initial, après l’orgasme ? Prend –t-on le temps de fumer une cigarette en silence les yeux perdus vers le futur qui se dessine et se décide… ?
La décision fut presque facile et irréfléchi. Les destins se changent toujours sur des coups de tête. Les effets secondaires se subissent après… La vie de Vesna a toujours basculé sur des fuites, cette soirée confirme un peu plus la tendance. Ils partirent à quatre et rentre à cinq vers Toulouse au petit matin. C’est la deuxième fois de sa vie que la jeune femme se fait « kidnapper ». La deuxième a pour elle, d’être légèrement plus romantique. Le crépuscule de la honte, de la prison psychologique et de Jesùs Morena était là. Certes, elle ne sait pas où elle va, mais se sent en sécurité. Enfin...
Le long de l’autoroute, dans les bras de l’homme, le front posé contre les vibrations de la vitre arrière, elle regarde l’aube se lever en repensant à la phrase de Nino qui a surement chargé de les convaincre tous les deux, quelques groupes de minutes en arrière dans cette chambre numéro 23 :
- « Tu sais, Beigbeder dit que très peu de gens ont le courage de se perdre vraiment… Je crois qu’on mérite d’en faire partie… »
Les destins se changent sur des coups de tête. Les effets secondaires se subissent après… Les destins c’est l’aventure de s’enfuir du début de sa vie pour Vesna et choisir de sauver quelqu’un pour s’engager avec pour Nino. Les effets secondaires c’est… Toulouse, la vie, le quotidien, les regards, les questions, les doutes, les ballades, la sexualité, l’avenir, seulement de l’huile d’olive dans les tomates, On fait quoi ce soir, J’ai envie de toi, Passe-moi le sel, J’y vais j’suis à la bourre, les procédures d’obtention de papiers, « le français pour les nuls(les) », Deux sucres dans café, les visites de galerie d’art, On se boit l’apéro ? Elle, Lui, les autres…
Il est d’une évidence sans nom qu’une situation pareille est forcément compliqué à gérer. L’amour ne noie pas tout, n’embrument pas toutes idées. Vesna n’est pas Julia Roberts et Nino encore moins Richard Gere. Les gens se disent que ce qui les rapproche c’est leur goût des collections. Elles collectionnaient les hommes et les queues et lui, les femmes et les déceptions. C’est moche, horrible, cruel ou tout ce que vous voulez, mais pareil scénario n’évitent jamais pareil jugement. Rare sont les (français ?) personnes imperméable aux jugements. A tel point qu’ils s’immiscent avec perversité dans leur esprit. Nino ne fait pas exception à la règle. C’est ainsi. Même si ce qu’ils vivent est beau, cela n’en demeure pas moins tortueux. Deux personnes placé au même endroit, vivant la même chose, verront deux choses diamétralement opposés. Il n’y a pas de vérité unique.
C’est l’histoire d’un homme qui tombe amoureux. Un jaloux qui tombe amoureux c’est un inconscient. Imaginez un jaloux qui tombe amoureux d’une (ex) pute … ?
C’est l’histoire d’une femme qui tombe amoureuse. Une pute (forcé) qui tombe amoureuse c’est une remise en liberté. Imaginez une (ex) pute qui tombe amoureuse d’un jaloux… ?
La période dorée des non-questionnements avait vécu. Rideau. Nino reproduisait son scénario de jaloux qui marquait clairement un manque de confiance en lui, mais surtout qui affichait au grand jour une idée castratrice : S’engager avec quelqu’un c’est comme faire l’achat d’un article « ni repris, ni échangé ». On tourne autour, on hésite, on ronge un ongle, deux, on gratte sans raison une partie de cheveux situé à l’arrière du crâne et on s’engage… Si ça ne vas pas, il faudra soit faire l’effort, soit faire avec… soit jeter…
Ce matin était venu. Ce matin de discussion. Vous savez, ce genre de matin qui suit les nuits aux yeux ouverts, aux moutons par millions, aux allers-retours aux toilettes. C’était un matin comme un autre. C’était un matin à deux sucres dans le café de Vesna. Mais c’était un matin qui engageait une discussion compliqué.
Vesna ne s’y attendait surement pas. Vesna était heureuse de vivre un quotidien serein, même si elle sentait les prémices des difficultés de Nino à vivre avec une femme qu’on regarde, et surtout une femme qu’on sait ex-pute. Et Nino se lança…
Je ne regrette rien, je ne sais pas, grattement de barbe, silence, reproches infondés, cigarettes, réponses sincère de Vesna, balbutiement, manque d’arguments…
- « Tomber amoureux de quelqu’un c’est comme réaliser un film, on voit défiler toutes les scènes et on aimerait en couper certaines au montage » lança-t-il en référence à ce passé encombrant.
- « Je n’ai pas choisi. Si je m’en suis sorti c’est parce que je suis une cassette audio… Chaque homme était comme une chanson. Chaque chanson effaçait celles précédemment enregistré, de même que dans ma mémoire chaque souvenir écrasait le précédent… Ma dernière chanson c’est toi… » Répondit Vesna amoureuse.
Silence, émotions dans la colonne vertébrale, frissons, retour à lui, oui mais non, mais, euh, c’est pas comme ça, re-cigarettes et sentence… :
- « Si tu m’aimes on croira que tu simules… On appelle ça une réputation… »
Avez-vous remarqué comme un homme qui est jaloux et qui doute peut être dur ?
Elle répondit calmement :
- « Je t’aime déjà. L’amour rend la fidélité obsolète. Ce n’est plus un évènement, un sacrifice, une tentation… c’est une évidence… »
Silence.
Il venait de causer beaucoup d’humidité sur le visage de Vesna. Nino termina sa dernière blonde pour éviter sa brune, l’écrasa dans le cendrier. Peu fier de lui, ses yeux fixaient le sol. Il prit recul dans le fauteuil face à elle qui le regardait à travers sa brume oculaire. Il la regarda enfin. Elle était belle. Elle était Vesna. Même les larmes lui allaient bien. C’était incroyable, il venait de découvrir la seule personne belle en pleurant… Il se leva, embrassa son front, dit « pardon » et s’en alla.
La porte de la cuisine est entrouverte, à côté une plante verte rayonne grâce à la luminosité d’un rayon de soleil estival de 18h, qui pénètre le salon par la grande baie vitré à l’opposé, lorsque Nino reviens. Là, sur le canapé, elle lit L’absurdité des choses d’Enzo Parisse, (oui cet Enzo qu’elle avait connue lors de son passage en Italie) la tête en bas, les jambes en l’air, une main dans ses longs cheveux châtain… Une odeur arrive jusque dans ses narines et un sifflement mélodieux dans ses oreilles. Il fait chaud, elle regarde l’heure, il est parti il y a plus de six heures, elle ferme les yeux brièvement, il est rentré depuis cinq minutes, puis elle les ré-ouvre soudainement à cause du bruit du plateau qui se pose sur la table basse. La tête à l’envers, elle regarde à l’endroit et découvre le sourire de son homme qui lui remet les idées à l’endroit et le cœur à l’envers… Elle se retourne, lui glisse un baiser charnel et attrape le verre que lui tend Nino.
Il admire Vesna boire son verre de whisky, il pense au bel alcool qui s’invite dans sa jolie bouche, s’immisçant sur sa merveilleuse langue et s’engouffrant dans son ravissant œsophage.
- « Tu as l’alcool jolie… et érotique aussi… un peu… »
- « Fout toi de moi !!! Tu essayes de me saouler pour qu’on couche ensemble ?! Ça n’a aucun sens. Je t’aime. »
- « Non !!! Je sais que tu préfères le whisky au Champagne. Et le Champagne, on s’en sert pour célébrer ici, en France… »
- « Tu veux m’épouser ?! »
- « Non. Je te fais épouser une petite galerie d’art… 15, rue de la croix Baragnon… Elle est à toi… Je t’ai fait dire OUI devant le notaire, cet après-midi à 15h38, heures françaises. On verra plus tard pour l’église… »
C’était surement trop. Mais est-ce qu’une vie pareille ne mérite-t-elle pas d’avoir enfin le soleil à tous les étages … ?
Les deux êtres restent figés. Vesna semblent dire à Nino des choses qu’on ne dit qu’avec des yeux couleur Whisky… Le plan s’arrête là. La caméra les fixe par-dessus leurs épaules. Epaule de Nino sur laquelle Vesna, dépose délicatement sa tête enfin apaisé. Puis travelling arrière, panoramique. On traverse l’appartement, le quitte par la porte d’entrée, descend les escaliers à 10cm des marches avant de s’élever en sortant de l’immeuble, prend la route, fuit Toulouse, arpente l’autoroute. Sing for you de Tracy Chapman s’installe en bande-son. On passe la frontière inexistante, se dirige vers Barcelone, rentre dans un bordel et atterrit sur un homme et une femme assis sur deux tabouret, accoudés à un comptoir en train de discuter...
Quand il revient à lui, Nino est assis en face de la plus belle femme du monde. La plus meurtrie aussi. Il la regarde avec un brin de compassion, une dose d’empathie et un zest de délicatesse, passe sa main, avec tendresse, dans ses cheveux pour lui placer derrière une de ses oreilles comme pour être sûr qu’elle appliquera bien son message :
- « Pardonne toi Vesna, parce qu’il n’y a personne d’autres qui le fera pour toi… »
Petit à petit, il est involontairement 5h du matin. Nos quatre garçons ont pris place dans leur chemin inverse. Le silence est roi…
C’est l’histoire d’une soirée qui a tout changé. En amour, des détails ridicules peuvent modifier une nuit, des mois, des décennies… une vie… Le corps de Nino est parallèle à son lit. Il a, ce soir, saisi des choses à travers une histoire qu’il ne vivra jamais. Non, Nino ne sera pas le héros d’une comédie dramatico-romantique à base de prostituée grecque. C’est un bon pitch, mais il n’en a simplement pas la capacité. Ce soir, il a compris que certaines personnes naissent sous une bonne étoile et d’autres un peu moins… L’aube s’est levé pour accompagner le crépuscule de sa vie d’avant et borde ses paupières qui se ferment.
Le lendemain, il est 17h du matin, quand il les ré-ouvre. Toulouse la nocturne l’attend. Antoine arrive et lui dresse le scénario de sa partie de jambes en l’air d’équilibriste à huit jambes, de la veille. Nino ne prête pas trop attention à ses détails graveleux. Gilles les attends dans une heure au Four Roses, leur bar de nuit habituel. Barcelone est déjà loin. La soirée se passe comme de coutume. Il y a là des filles apprêtée, d’autres un peu moins, il y a là des hommes bourré, d’autres qui s’apprête à le devenir. Il y a là des gens qui usent leurs semelles sur la piste et d’autres avachit le long de ces comptoirs, quelque fois théâtre de séduction douteuse. Tandis qu’Aloe Blacc divulgue qu’il a besoin de dollar sur des notes de soul, une chose lumineuse fait irruption dans la monotonie redondante des constats nocturnes de Nino…
Il y a là une personne... une fille, enfin une femme... et aussi une merveilleuse petite robe blanche à fines bretelles. Un nez mutin surplombant une bouche habillée de lèvres charnues légèrement rosée... des paûmettes saillantes qui accompagne cette longue mèche noire de cheveux joliment coiffée et frustrante car elle prive de la profondeur étincelante de ce regard... Son cou, à peine dévoilée, à côté de cette coiffure intelligemment dégradée. Le drame est de ne pas avoir accès à sa nuque qui doit être découverte à l'instant précis où Nino prend cette photographie mentale... Rageant !!! Quelle délicatesse dans cette pose... Ses clavicules, ses bras et ses épaules à la peau ambrée sont offertes par-delà la blancheur exaltante de cette merveilleuse robe... ses bretelles l'érotise légèrement... Il sourit (comme un abruti). Cette robe est définitivement lumineuse, lorsqu’il découvre qu'au bout de sa longueur ondulée, elle offre le galbe majestueux de ses jambes si brillamment talonnée... Cette femme, qui a des allures d’apparition divine, ne lui est pourtant pas étrangère…
Beigbeder a écrit : « Nous côtoyons des anges, tous les jours sans le savoir ». La véracité de cette citation venait d’éclairer Nino. A quoi sert une femme comme Bérénice, songe-t-il, à part à petit-déjeuner dans une chambre éclairée par les rayons de soleil qui traverse des volets négligemment refermé, un dimanche matin ; à faire l’amour plus que de raison ou à faire des escalopes milanaises le samedi midi tandis que vous changez une des ampoules des WC qui a grillé la veille ? Les légumes s’achèteront au marché le samedi matin. Les agriculteurs l’appelleront par son prénom. « Ah bonjour mademoiselle Bérénice ! ». C’est le genre de fille qui reste lumineuse et pleine de grâce même avec des tomates et des poireaux dans son cabas et un melon dans ses mains. Nous irons au Venezuela, au Chili, au Costa-Rica, au Népal et en Nouvelle-Calédonie faire des indigestions de bonheur partagés. Nous habiterons dans un appartement avec terrasse donnant sur le ciel pâle des après-midi de Septembre, les oiseaux passeront par ici, des chiens aboieront plus loin et parfois nous nous y assierons enlacé, après être rentré à l’aube, pour contempler le petit matin qui sera jaune comme une omelette…
Mais pourquoi pense-t-il à tout cela ? Surement a-t-il envie que demain soit un baiser dans le cou, une bretelle de soutif qui s’échappe d’une épaule, que demain soit trois doigt qui viennent à la rencontre de sa barbe pour le sortir de sa nuit apaisée précédent l’amour silencieux et sauvage du matin…
L’amour est une condition climatique. Nino est en plein hiver lorsqu’il se retrouve face à Bérénice. Il grelotte, ses jambes tremblent, il a du mal à bouger ses lèvres, ses joues deviennent rosées. On n’est jamais vraiment soi-même lorsqu’on a froid…
Nino s’est éclipsé à l’extérieur pour fumer une cigarette, s’amusant à recracher une fumée semblable à celle qui sort de nos bouches à basse température. Bérénice sort à son tour. Le temps semble en suspension… Elle discute, touche des épaules, claque des bises, rigole, l’aperçoit, effleure une esquisse de sourire et s’en approche.
Les mots ont été fait pour raconter et décrire ce que l'on voit, vit et ressent...alors... Les belles choses méritent d'être dites aux belles personnes...se persuade-t-il. Alors que Nino termine, en grelotant, de lui narrer son apparition, à laquelle il a assisté lorsqu’elle posa son premier talons sur les premiers centimètres du Four Roses…
- « Qu’est-ce que tu as ? On dirait que tu as froid ? » lui demande-t-elle, déstabilisée par une si subtile envolée littéraire.
- « Il a l’air de faire bon au coin de ton sourire… »
Sourire, Bérénice le fit alors un peu plus, tout en s’approchant délicatement de Nino…
Il fut soudainement question d’été dans le corps de Nino…
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