Samedi 21 janvier 2012 6 21 /01 /Jan /2012 17:08

Jean Charles decoudun canal St Martin2 J’étais sur un banc face au canal Saint Martin lorsque je termine de lire ces lignes. Mon dos était courbé, mes coudes posés sur mes cuisses et mes deux mains tenaient ce bout de papier qui illumina mon esprit. Ce petit bout de papier écrit maladroitement par un garçon de 7ans causa beaucoup d’intempéries sur mon visage en même temps qu’il me rendit un sourire que je croyais disparu car il me fit prendre conscience de la simplicité des choses de la vie. La candeur est une force inaltérable et non un handicap.

Je me suis alors adossé contre le dossier du banc, j’ai pris les écouteurs de mon lecteur Mp3, je les ai fait embrasser mes oreilles et j’ai mis I might float de Syd Matters. J’ai regardé ce qu’il se passait, ceux et ce qui m’entouraient. J’ai vu un ciel bleu traversé par une colombe, la bise faire tourbillonner les feuilles des arbres, le soleil irradier sur les immeubles et réchauffer  les peaux des promeneurs. J’ai vu les gens sourire, marcher, téléphoner, dialoguer. J’ai vu l’eau du canal couler paisiblement et vivre sa vie. J’ai vu que la mienne se relevait et marchait…


Il n’était plus question d’attendre que les jours passent et que le temps me ramène Louise. Trop risqué. J’ai tout repris en main : Moi, ma vie, celle de Tom et l’écriture. C’était décidé, il fallait que quelque chose change. Alors j’ai nettoyé toutes ces couches de poussières accumulé chez nous, à mesure que ma tristesse s’accumulait aussi. J’ai ouvert les volets tous les jours, j’ai recommencé à me lever tôt pour ramener des pains au choc de bonhomme à Tom, j’ai recommencé à aller le chercher à l’école, j’ai repris le travail, revu des gens, re-fréquenté des librairies, re-levé la tête quand je marchais pour admirer la beauté de ce que nous offre chaque jour cette ville lumière. J’ai repris du temps pour me retrouver face à la page blanche, remis ma curiosité en marche, re-observer les choses, les autres. J’ai ré-utilisé mon téléphone portable pour passer des appels importants à des dates importantes, redécouvert l’adresse du fleuriste et compris qu’on peut aussi être romantique avec une belle « sans bois » dormant.

J’ai continué à aller voir Louise. Tous les jours. Trois fois, mais plus jamais mécaniquement. Là aussi j’avais décidé de redevenir moi-même et de surprendre. Jamais les mêmes heures et parfois comme un adolescent à l’internat, je faisais "le mur" pour venir dans sa chambre pendant les heures interdites.  Elle était belle, je crois que parfois elle me souriait. Je lui racontais la vie, l’actualité, nos journées à Tom et moi. Et elles étaient remplies.

On jouait à la Bataille, le samedi je l’amenais sur le canal Saint Martin pour lui apprendre à faire des ricochets et à voir les belles choses. Certains soirs de match de foot, je l’autorisais à veiller jusqu’à la mi-temps. Alors nous étions tous deux, avachies sur le canapé, les pieds sur la table basse, une bière à la main (lui un Cacolac). Et démarrait son mimétisme que je faisais mine de ne pas remarquer. Tom levait le coude quand je le faisais et des « Allez ! » ou « c’est pas vrai l’arbiiitre !!!! » succédaient aux miens. Il me semble aussi l’avoir vu mettre la main dans son pyjama quand je la mettais dans mon pantalon. Ensuite, on se brossait les dents ensemble, debout face à la glace, lui sur un tabouret et je le couchais. Je me suis même mis à lui embrasser le front avant d’éteindre sa lampe de chevet qu’on avait fabriqué en Lego.

J’ai fréquenté le boulevard Saint Germain et les bureaux de certains immeubles qui, avant, me faisait peur… Je me suis surpris à ré-attendre les lendemains avec enthousiasme, à faire des projets, à avoir des rêves que j’envisageais car comme dit Carlos Ruiz Zafon : « Et garde tes rêves. Tu ne peux jamais savoir à quel moment tu en auras besoin. »


documents 2 335-20090206-135333 Alors comme chacun sait, le bonheur est allé vers ceux qui savent sourire.  Un samedi matin de mars, alors que nous promenions au Parc de La Vilette, mon téléphone a sonné. Mon doigt a appuyé sur la touche verte de mon écran tactile à la troisième sonnerie, j’ai confirmé mon identité et j’ai laissé mes oreilles accueillir ce son vers mon cerveau. Mon cerveau a distribué les informations à l’ensemble de mon corps et mon cœur s’est mis à tambouriné, mon sang à chauffer, mes yeux à s’écarquiller puis se plisser, mes lèvres à s’ouvrir et mes dents à resplendir. Au printemps, tout fleuri, tout renaît. Le ciel était dégagé de tous nuages et les rires des enfants qui jouent se faisaient agréablement bruyants. J’ai pris la main de Tom et je l’ai serré très fort puis nous avons fait demi-tour. Il ne comprit pas ce soudain départ jusqu’à ce que je lui dise « qu’on avait un p’tit-déj à préparer …». Alors il m’a souri et à accélérer le pas...


Nous sommes arrivés à l’hôpital avec un sachet de trois croissants,  une demi-baguette, un couteau, du beurre et un plateau. Pendant que j’achetais deux chocolat chaud à la machine dans le hall d’entrée, Tom s’appliquer, la langue en coin, à beurrer les tartines sous le regard circonspect des passants. Nous avons tout bien réparti et avons gagné l’étage du futur.. En passant par les escaliers. En arrivant devant la chambre, j’avais décidé de laisser le privilège de l’avant-première au petit ce qui permit au Professeur Philippon de s’entretenir avec moi. Tout comme la première fois que je l’avais rencontré, il a parlé mais je ne l’ai pas écouté, j’étais ailleurs… Avec eux. Je n’ai retenu que quelques bribes de mots de notre conversation : « Incroyable », « soulagement », « miracle » « aucune séquelle », « Et en plus de ça… », « découverte médicale », « joie immense », « vous m’entendez Monsieur Léandro ? »… Tout se mélangeait dans ma tête comme dans une boîte de Müesli, pendant que je projetais ce qu’il se déroulait derrière la porte. Ces sentiments mis entre parenthèse depuis trois long mois. Cette absence si longue éteinte à l’instant. Ces retrouvailles mère-fils. Ce petit-déjeuner sur un plateau...

Alors que Tom franchissait la porte dans le sens inverse et revenait vers moi, les yeux embués pour me dire que "maman" m'attendait, je saisissais enfin que si Louise avait ouvert une parenthèse, elle était forcément faite pour être refermé car elles vont toujours par deux…


-    …
-    …
-    … (sourire)
-    … (sourire)
-    Je suis contente de tomber sur toi un samedi matin…
-    … (mélange de sourire pincé et tsunami oculaire)
-    … (Bras tendu vers moi)
-    Tu sais j’ai repris la cigarette car je ne supportais pas d’être séparé de toi trois minutes et vingt-sept secondes… Ne pars plus jamais en claquant la porte !
-    Ce n’est pas vraiment au programme…
-    Chérie je suis désolé pour tout, pour… mais tu sais j’ai changé, j’ai compris… j’ai fait pleins de… et j’aime Tom, je m’en suis occupée, et je… j’ai plus peur de… de…
-    Chut…
-    …
-    Je crois qu’aujourd’hui est le premier jour du reste de notre vie… à nous deux… à nous trois…
-    …Oui ! d’ailleurs j’ai pensé à pleinds de…
-     A nous quatre !...
-    … (tête recentré, bouche ouverte, yeux qui s’agrandissent, regard fixe)
-    Tu veux ?
-    JE T’AIME… JE T’AIME… Je t’aime, je t’aime, je t’aime, je t’aime… jetaimejetaimejetaimejetaime !!!
-    …(rire)
-    (en se levant et en allant ouvrir la fenêtre) Hey vous avez compris la vie ?!!!! JE L’AIIIIIIIIIIME !!! T'as vu j'ai plus peur ?!



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En ce matin ensoleillé  de juin, Paris a revêtu sa plus belle robe d’été. Le soleil diffuse son bonheur de n’être contrarié par des nuages trop souvent encombrant et donne à la Seine une illumination jouissive.

010017 paris amoureux du pont des arts Nous sommes assis sur un banc du Ponts des Arts. Louise écrit avec application sur un cadenas traditionnel et moi je fume en regardant l’horizon, le ciel, la Tour Eiffel. Elle me tend le résultat de son ouvrage avec sourire et m’ordonne « à toi de jouer ». Je me lève, m’approche du grillage de la rambarde, insère la clef à l’intérieur, l’ouvre, passe la hanse du cadenas dans une de celles du grillage et referme. Je retire la clef et me retourne. Louise me rejoins et se blottit contre moi. Nous nous approchons du bord et dans un mouvement ample de mon bras droit, je lance la clef le plus loin possible. Cette clef qui a refermé notre cadenas d’amour accroché sur le lieu de notre premier rendez-vous vole et retombe discrètement dans les profondeurs de la Seine. C’est alors que je dis à Louise :


-    Viens… On va prendre le métro. J’ai quelque chose à te montrer
-    Ok
-    Tu sais, je pensais, si c’est une fille, on pourrait l’appeler Emma… ou Julia… J’aime bien Léa aussi…C’est bien une fille. C’est jolie.............Et puis on a déjà Tom donc..........… blablabla….........


kenzo-flower-1 Elle me laisse parler, nous marchons et elle insère dans son oreille droite et dans ma gauche, un écouteur qui diffuse la Bande Originale de notre journée : The Wanderer de Jil is lucky. Nous prenons le métro à la station Louvre-Rivoli à quelques encablures du pont.

Il est agréable de prendre le métro avec son amoureuse sans être pressé. C’est comme être à deux dans le même berceau. Nous changeons à Châtelet pour prendre la ligne 4 en direction de Porte de Clignancourt. Nous rentrons dans la rame et trouvons deux places assises. Nous sommes silencieux réceptif aux vibrations de cette chanson fleurit et positive qui tourne en boucle. Je mets les mains dans mes poches et en ressort son portable et lui tend. Elle marque une surprise puis sourit et le consulte pour la première fois depuis des mois. Je la vois écouter attentivement… Surement des messages sur son répondeur.

Je sens l’excitation monter en moi. Etienne Marcel>Réaumur-Stebastopol……. Strasbourg/St Denis… Le métro s’arrête. Nous descendons sur le quai de la station où La Vie m’a envoyé Louise. Elle est toujours attentive à ce que la voix impersonnelle de la secrétaire de messagerie de son opérateur téléphonique déverse dans ses oreilles. Je crois qu’à un moment elle est émue puisque d’un œil je la vois se pincer la lèvre avec ses dents du haut. Nous sommes maintenant debout face à la rame de métro qui commence à s’enfuir et laisse apparaitre le quai d’en face… Louise raccroche et me regarde avec des yeux tendres. Je suis dans les sous-sols de Paris, et pourtant je me crois au Costa-Rica face à l'océan. D’un signe de la tête je la pris de jeter son attention en face d’elle. Il y a des gens assis et d’autres debout qui parlent. Les murs sont revêtus de petits carreaux biseautés en faïence blanche de Gien. Son regard se fait panoramique. Là, une affiche 4X3 :  


 
                       ENTRE PARENTHESE        -        Alex Léandro 

     
                Le premier roman dramantique d’un jeune auteur plein d’avenir



Louise se retourne, le regard emplie d’admiration et de fierté. Nous empruntons alors les couloirs du métro, passons devant LE photomaton, j’ai un pincement au cœur (Il faudra bien qu'un jour je lui raconte ça...). Nous gravissons les marches qui mènent à la sortie, faisons quelques pas sur les trottoirs du boulevard Saint Martin… Toujours sans mots… Nous profitons ensemble d’un silence agréable. Il fait beau, je suis amoureux, coiffé, avec mes deux chaussures, pas rasé, je ne suis personne à la trace, elle sourit, j'ai envie d'elle, je la tiens par la main elle semble vouloir dire quelquechose, je fredonne et soudain elle lance :


-    Oui !... Oui Oui Oui !!! Je le veux ! Mais à une seule condition. Que l’on ne s’endorme plus jamais l’un sans l’autre…
-  ... ?! (perplexe)


Pour toute réponse, Louise me montre son téléphone et instantanément je comprends… Nous reprenons alors notre marche vers le canal Saint Martin où Tom est en train de faire des ricochets avec Claire et Ruben…


-    Sinon chérie… Je crois que maintenant on peut l’appeler Enzo… Ah oui, entre parenthèse, c’est un garçon……..



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Message vocal écouté par Louise dans le métro :


Nouveau message… Reçu le…  15 Mars… :


« Chérie ! Salut c’est ton mec…j’sais pas si tu te souviens de moi. Tu sais le mec mal rasé, souvent un peu con, des fois drôle… Déjà bon anniversaire mon amour…Et euh… Avant que t’endormes y’avaient deux, trois p’tites choses que j’aurais voulu faire : Te dire que t’es belle, t’avouer que c’est moi qui avait mal rebouché le tube de dentifrice la fois où t’as engueulé Tom, te faire un enfant, être un auteur reconnu et entendre les commerçants du quartier ou l’instit de Tom t’appeler Madame Léandro… Alors si tu pouvais te réveiller vite s’il te plait. Parce que j’ai très envie que tu sois la femme de ma vie… en vie… »

Par Alex Taurel - Publié dans : Roman d'un jour - Communauté : ecrivains en herbe
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Vendredi 20 janvier 2012 5 20 /01 /Jan /2012 15:36

Ma vie est devenue complétement… bizarre. On a commencé à se revoir de temps en temps. Une pause-caramel macchiato/cookies à Starbucks, un ciné en fin d’après-midi, une nuit de sexe chez moi quand Tom était gardé. Et c’est quand la frustration a commencé à nous chatouiller que j’ai basculé dans le cocasse. Les nuits, seul, devenant de plus en plus dure à supporter, je venais la rejoindre chez elle dans la soirée, une fois le petit au lit. Deux fois j’étais repartie à 6h avant qu’il ne se réveille, une autre à 7h. Puis elle nous avait présenté (j’en avais fumé dix avant, pour calmer mon stress) un après-midi. Mais elle ne voulait surtout pas qu’il me voit comme le « chéri à maman ». Alors, on a fait comme si.  Comme si j’étais un pote qui venait souvent « boire le café », comme si j’étais un pote avec qui maman passait du temps au téléphone, comme si on n’avait pas du tout envie de « faire l’amour-partout-tout le temps-n’importe quand ». Jusqu’au comme si j’étais un pote qui venait voir maman à 7h du matin, un dimanche, avec les yeux collés, les cheveux à côté, une chaussure oublié…  Oui, un dimanche matin, lendemain d’une soirée terminée avec du Bourgogne et un pétard, je m’étais levé. Comme d’autre fois, j’avais pris mes affaires, j’avais embrassé Louise et j’étais sorti. J’avais croisé Madame Qui-promène-son-chien-tous-les-matins-à-7h. Elle m’avait regardé, j’étais debout comme un zombie, je l’avais regardé, elle m’avait dit « Non, mon garçon tu ne ressembles à rien, en plus regarde il te manque une chaussure » de la tête. Alors j’étais quand même sorti, j’avais acheté des viennoiseries, j’avais mis à mort ma chaussette gauche dans la rue du Faubourg St Denis et j’étais revenue. J’avais tapé à la porte et j’avais fait comme si…


-    Saluuuuuuuut !!! J’ai amené les croissants !!!
-    Ohhh c’est gentil Alex… Viens dire bonjour Tom…
-    Oh champion !!! toi je t’ai pris des pains au choc’ parce que t’es un bonhomme !!!
-    B’jour. Merci Alex. Tu d’vrais quand même un peu mett’ du gel quand tu sors dans la rue…


M’envoya le petit. Louise était ravie. Moi pas. Tom n’y voyait que du feu. Enfin ça c’est ce qu’on croyait. Après un double café et alors que je m’apprêtais à partir (et oui, un pote ne peut décemment pas rester tout un dimanche chez une copine…), du haut de ses 6 ans, un pain au chocolat dans les mains, Olive et Tom sur l’écran télé, il lança sans même se retourner :


-    Maman… Pourquoi Alex il reste pas ? Et pourquoi il est sorti ce matin pour acheter à manger en laissant sa chaussure dans le couloir ? Et pourquoi le jour, vous vous faites pas les mêmes bisous que le soir ?


Alors que j’étais debout, je chutai sur le canapé. Je n’ai pas bougé. Louise non plus. Estomaquée. Bluffée. Ce jour-là, nous avions compris qu’un enfant sait toujours la vérité…


images.jpg Plus rien ne nous empêchait de vivre normalement. Très vite, j’ai passé le plus clair de mes nuits chez eux. Et la majeure partie de mes temps libres aussi. Ma vie a lancé Something to believe de Isobel Campbell & Mark Lanegan et les jours ont coulé comme l’eau dans le canal Saint-Martin. Comme une musique sure de son chemin mais jamais pressé d’y arriver…
Ensemble on a redécouvert notre ville. Nous étions les touristes de notre vie. Flâner entre les tableaux des artistes, place du Tertre à Montmartre, découvrir le musée du Quai Branly, se promener en compagnie de Tom au Parc Monceau, se prendre en photo devant Notre-Dame, aller au théâtre Caumartin voir une comédie, s’asseoir sur le seul banc de la pointe de L’Ile de la cité, les pieds dans la seine, sous un peuplier et regarder passer les bateaux-mouches… J’ai délaissais mon chez moi pour créer un « chez nous », chez eux. Le temps a sprinté et nous avec lui. Asseyez-vous à côté de quelqu’un et aimer le très fort et votre vie durera six minutes. A l’inverse, marchez  seul en Converse dans Paris pour rejoindre votre station de métro en plein mois de décembre et votre vie sera une éternité lente et agonisante. Alors on a décidé que notre vie durerait une demi-douzaine de minutes…  On s’est installé ensemble.

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S’installer… S’installer c’est créer un langage commun, des codes. C’est jouer une pièce de théâtre chaque jour sans spectateur. Parfois on improvise (souvent au début), parfois on répète son texte et ses gestes à la perfection (souvent après le début). 
cailles21Nous avions choisi la Butte aux cailles, dans le 13 ème arrondissement, pour réciter notre spectacle de la vie quotidienne. C’était un quartier qui nous égarait de notre ADN parisien. Un de ces quartiers qui permet à Paris d’être Paris. Ces endroits d’une des plus grandes capitales mondiale qui vous permettent de vous croire en province ou à une autre époque. Une anachronie de la vie de tous les jours. C’était un village qui résiste encore et toujours à l’envahisseur. Il y avait des maisons individuelles d’un seul étage, en brique, avec des jardinières fleuries sur les rebords des fenêtres, des étroites  ruelles pavées, du lierre grimpant sur les façades des immeubles anciens, des maisons en pierre apparente, une Petite Alsace où s’enfilent les habitations au style architectural du département limitrophe à l’Allemagne,  un square, des bistrots, un jardin public…cailles22


On a couru, sauté dans les flaques d’eau, fait l’amour dehors. On s’est pris la tête pour la déco d’intérieur, pour le bio et pour fumer ou non à l’intérieur. Louise repassait pendant que j’aidais Tom en rédaction, j’ai insisté pour qu’elle lui achète des Lego plutôt que des Dvd de chez Disney. Nos horaires concordaient, Tom a commencé à aller seul à son école qui était à 400m. Parfois nous allions à deux le récupérer. On refaisait le monde jusqu’au petit matin et son ciel couleur d’omelette et Parme. On jouait au Domino, je me déguisais en Elle pour qu’elle me prenne en Polaroïd. On avait décidé d’en acheter parce que tous deux nous étions en désaccord avec la politique du « je prend-je mate-j’efface la photo si ça va pas ». Je ramenais du boulot les meilleurs films de Woody Allen ou de la famille Audiard pour nos soirées Dvd. Quand on s’embrouillait un peu plus que des œufs, Louise s’enfermait dans la salle de bain pour faire du boudin (oui tout était histoire de nourriture en fait !) je tentais de la ramener à la civilisation en laissant mes doigts fredonner les quelques morceau de guitare que je maitrisais. Parfois, ça marchait et elle me foutait à poil sur le champ et elle avec. Parfois non et je m’employais alors à d’autres fantaisies. Mais l’une de ces fantaisies était venue de Louise et devenue une véritable coutume aussi sempiternelle qu’un repas du dimanche midi avec des grands-parents. Je me demande même si elle n’en usait pas : C’était un jeu né d’un rien. Un soir; alors que nous étions adossé dos à dos mais avec une porte de salle de bain qui nous séparait et que j’avais balayé tout mon répertoire musical ; le silence s’installa. Je n’avais plus de solution. Je m’étais saisi du jeu de 52 cartes qui trainait par là et avais entamé une Bataille entre Moi et… moi. Puis soudain :


-    Tu fais quoi ?
-    Une Bataille…
-    Avec qui ?!
-    Avec toi !!! Ca s’voit pas ? Ça fait deux heures que t’es là-dedans…
-    Hum…
-    Hum…
-    On a qu’à jouer ma sortie à la Bataille !!! Si je gagne t’es pardonné et même que je sors toute nue et que je m’allonge sur ton corps, qui sera nue également. Si tu gagnes, tu dors sur le canapé !
-    … Mais ?! La Bataille c’est du hasard !!!  Sinon c’est évident que je te laisse gagner…
-    Non, non… Dans la vie y’a pas de hasard… Où s’il y en a, il fait bien les choses !


« Ouais, pile ou face c’était pareil en plus rapide quoi ! » J’ai, moi aussi, eu cette réflexion très très fort dans ma tête. Mais comme vous, je l’ai laissé à l’intérieur sans qu’elle ne prenne le toboggan vers la bouche. Nous avons donc joué à la Bataille, assis en tailleur par terre,  séparé par une porte, en se passant les cartes dessous. Je vous conseille de prendre le temps de lire cette phrase et de l’imager.  La vie de couple permet des ridiculités touchantes…


La relation avec Tom était bonne. Courtoise…  Sinusoïdale. Bon, parfois compliqué j’avoue. Je n’étais pas son père. Et d’ailleurs il n’en avait jamais eu. Mais j’étais l’exemple masculin qu’il avait sous les yeux quotidiennement. J’avais comme l’impression qu’à partir du moment où il nous avait fait comprendre qu’il savait que j’étais l’homme qui faisait des bisous à sa mère, il s’était refroidi avec moi et renfermé sur lui-même. Comme une peur de voir un homme lui voler sa maman, après que le sort de la vie lui ai volé son géniteur. Néanmoins, j’ai marqué des points quelques fois. Notamment quand je passais à la cuisine. Il était un enfant très difficile avec la nourriture et notamment les légumes vert. Je ne fus donc pas peu fier d’avoir été celui qui lui a fait aimer la courgette. Il faut dire que j’avais une recette qui faisait mouche (même auprès de Louise) : La poêlé de courgettes caramélisé au miel.



Poêlé de courgettes caramélisées au miel :


-Découpez vos courgettes en fines rondelles.


-Plongez-les dans la poêle, préalablement chauffé avec de l’huile d’olive à feu doux (hum… moyen). Et tournez.


-Quand les rondelles commencent à se ramollir, salez, poivrez, ail-lez. Et tournez.


-Une fois que les courgettes sont complétement molles, augmentez le feu et saupoudrez de sucre en poudre. Et tournez.


- Maintenant que les courgettes sont dorées et caramélisées, enrobez-les de miel. Et tournez.


-Eteignez le feu, laissez les courgettes dans la poêle. Remettez du miel. Laissez tiédir.


-Demandez à vos convives de se mettre à table, servez, savourez et appréciez à sa juste valeur le visage des gens autour de vous. Découvrez qu’un enfant de 6 ans aime à présent les courgettes.


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Et l’eau passa sous les passerelles du canal Saint Martin, que je ne voyais plus guère d’ailleurs. Cela faisait désormais, près d’un an et demi que nous étions tombés dans nos vies respectives avec Louise. Et bientôt neuf mois que nous partagions le même toit, le même loyer, les mêmes courses, la même cuvette, la même adresse. Le problème avec la vie commune c’est qu’elle nous en pose. La vie commune est une loupe grossissante de toutes nos petits travers ou grosses manies. Tous nos défauts sont répertoriés sur un « transparent » et sont exposé avec un rétroprojecteur sur un écran immense. En permanence affiché sous nos yeux. C’est cynique mais, la vie à deux tient au bouchon, au capuchon qu’on remet ou non, sur le (maudit) tube de dentifrice. Ce qui est con, c’est que moi je ne le savais pas tout ça, je le découvrais. Comme je n’avais jamais vécu avec quelques autres que ma famille, je ne savais pas que j’étais le mec le plus imparfait de la planète. Et là où toute cette tambouille est vicieuse, c’est  que l’autre est un miroir. Tous ce que vous vous cachiez mais que vous saviez irritant sur vous-même, se réverbère contre votre compagne et le renvoi dans votre conscience.


Liste non-exhaustive de mes petits travers (gros handicap de la vie amoureuse) :
-    Ronflement
-    Timidité, manque d’assurance. N’ose et n’est audacieux qu’en privé (ex :  n’ose pas dire à une personne qu’elle est assise à ma place dans le Tgv, c’est pas grave y’a de la place là-bas)
-    Pudeur au-dessus de la moyenne empêchant hautement les manifestations affectives en public (ex : pas de prise de main, ou très rare embrassade dans la rue. N’aime pas exposer au regard d’autrui son bonheur ou romantisme)
-    Insomnie
-    Egocentrisme
-    Anxiété démesuré (ex : « ah merde là ça va pas, elle fait la gueule… tu crois ? ah j’ sais pas… putain cet ongle j’vais m’le faire !… je lui demande ? en même temps ce matin elle ne m’a pas dit chérie… ça cloche… »)
-    Oublie de : refermer le dentifrice, mettre le gel douche à l’envers, éteindre les plaques de cuisson, sortir les sacs plastiques des poubelles quand ils sont pleins (pratique la politique du bourrage jusqu’au débordage)
-    Parle fort
-    Mauvaise foi
-    A un avis sur tout
-    A PEUR DES COMPLIMENTS, PEUR DU JUGEMENT, PEUR DE LA LUMIERE

Bien sûr Louise avait aussi ses travers, ses manies qui m’agaçaient. Les violons étaient parfois désaccordés. Il me semblait qu’elle accordait beaucoup trop d’attention à Tom, qu’elle était redevenue une mère avant d’être une femme. Je la surprenais moins. J’étais moins fantaisiste, subtil, audacieux. Je faisais moins en sorte qu’elle « tombe sur moi ». Je connaissais ses réactions. En fait nous en étions à la 100ème représentation et j’ai l’impression que nous ne laissions plus beaucoup de place à l’improvisation. Je ne voyais rien même si je connaissais la phrase de Beigbeder : « Etre amoureux, c’est être étonné. Quand l’étonnement disparait c’est la fin ». Clairement, parfois, j’avais l’impression de lire en elle, comme dans un livre… écrit.


Ecrire un livre, ou même quelque chose s’articulant autour d’une phrase, cela faisait d’ailleurs bien longtemps que cela ne m’était pas arrivé. Depuis son arrivée d’ailleurs. Il est acquis que ce n’était pas évident d’écrire pour moi, au sein d’un environnement familial et agité. Il était surtout acquis que je me rendais compte que Louise ne m’avait pas donné envie d’écrire. D’ailleurs je la sentais de plus en plus perplexe. Nous avions très rarement évoqué le sujet, hormis bien sûr, à notre premier rendez-vous. Là, je lui avais annoncé que j’écrivais sous un pseudonyme. Elle avait semblé respecter mon choix et ne m’avais pas plus posé de questions à ce sujet. La femme qui partageait ma vie, ne savait pas ce que j’écrivais…


Et puis un jour… On parle souvent de destin lorsqu’il nous arrive des choses heureuse ou malheureuse. Lorsque nous vivons des évènements marquant. Mais finalement le destin  est un terme qui existe seulement parce que les Hommes croient. C’est arrivé…DONC c’était mon destin et non pas c’est arrivé PARCE QUE c’était mon destin. Le destin est en fait une contraction de « Ça m’est arrivé », un synonyme. Pourquoi ne parlerait-on pas de destin pour les choses banales comme pour le café qu’on a bu ce matin ou le sandwich poulet/curry avalé ce midi ? Le reste n’est que  croyance selon notre état d’esprit du moment. Un jour donc, c’était un samedi de Janvier. Un samedi de grand froid où le ciel de Paris et l’humeur des femmes sont bas. Louise avait voulu en savoir plus :


-    Dis donc chérie, tu ne m’avais pas dit que tu étais auteur ? C’était du pipeau pour emballer la meuf ? Parce que, excuse-moi si je me trompe, mais depuis tu n’as pas dû écrire beaucoup de ligne. A moins que mon mec ait le super pouvoir de mettre des heures entre parenthèse et de les utiliser quand tout le monde dors…
-    Non… C’est vrai. Depuis que tu es là : Rien. C’est compliqué avec To…
-    -Ah ouais donc l’histoire de t’inspirer c’était des mots charmants…. En fait t’es un menteur ?!  T’as jamais rien écris ?! C’est ça ? Remarque j’ai l’habit…
-    Non tait toi !!! Ne me compare pas à lui !
-    Comment faire autrement ? Je ne sais même pas ce que l’homme que j’aime donne à lire aux gens ?
-    …
-    Aleeeeeeex !!! Mais dis-moi !
-    Tu en as un, ici… Une fois je t’ai vu le prendre et le relire. J’ai voulu voir tes réactions et rester près de toi, puis te le dire… Et puis je suis parti en prétextant une mauvaise excuse. Quand je suis rentré tu l’avais fini…C’était L’absurdité des choses. Je suis Enzo Parisse
-    Pourquoi ? Pourquoi ? Merde pourquoi ?!
-    Peur. Peur de… du jugement. De la critique. D’être mis en avant ou jeté à la Seine. Peur qu’on me reconnaisse. Peur que le succès me fasse tourner la tête. Donc comme Boris Vian, « Je passe le plus clair de mon temps à l’obscurcir, parce que la lumière me gêne… »
-    …
-    Tu sais…
-    J’en ai marre. Marre de toutes ces barrières que tu te mets. Tu es parano. Tu ne sais pas vivre.  Tu ne sais pas m’embrasser devant des gens ou me prendre la main, tu ne sais pas me dire je t’aime. Tu ne sais même pas dire à tes parents que j’existe. Et maintenant tu me dis que tu ne sais même pas prendre ce que ton talent te renvoie ? Oh !!! Prend des risques !!! Si tes livres se vendent, ASSUME !!! ASSUME TA VIE… ASSUME QUI TU ES !!!
-    …
-    Donne-moi les clopes s’il te plait. Tu peux garder Tom ? je vais prendre l’air, marcher, essayer de comprendre…………….  Et moi ? … Je te bloque ?! Je t’empêche d’écrire ? C’est Tom c’est ça, Tu n’assumes plus d’être avec une maman ? Tu ne peux pas vivre ta vie d’avant ?
-    Louise… Calme-toi… Je…
-    -Non. C’est bon je sors je reviens tout à…


VLAAAAAM (la porte)


Notre dialogue venait d’être mis entre parenthèse par une porte d’entrée. Après deux secondes d’absence mentale de réaction pour constater que la reprise de Wonderwall par Cat Power (qui s’extirpait à ce moment-là, de la matinale Play List musicale de mon PC) était vraiment mélancolique et inondait les lieus, je me précipitai vers le balcon donnant sur la rue, ouvris les fenêtres, fus saisi par le froid, remarqua avec étonnement l’épais nuage de fumée que mon expiration dessinait et chercha Louise en direction de la rue…

Je crois me souvenir que ça avait fait crac (dans mon cœur), que mon sang avait été porté à ébullition puis refroidi et que mes muscles m’avait donné l’impression de s’être transformé en flaque d’eau…


(…)

                                                   _______________


(…)


Je n’avais pas bougé pendant seulement deux voire trois secondes, pourtant elles m’avaient semblé durer autant qu’une vie gâché.  Puis je m’étais ressaisi. J’avais fait un pas à l’intérieur pour crier à Tom « de surtout ne pas bouger de sa chambre ! », et je m’étais élancé. Je ne sais pas pourquoi. Sans doute avais-je cru perdre du temps en passant par les escaliers. Oui je m’étais jeté du balcon du 1er étage dans la rue. J’avais atterris sur une Renault 5 beige, et avais foutu ma cheville gauche en l’air, mais ça je m’en foutais, plus rien ne comptais. Je courrai… Sur la route, arrêtée, une Opel Corsa grise… Autour, des plaques de verglas… La vie n’est pas un film d’horreur, on ne peut pas mettre ses mains devant les yeux pour atténuer les scènes… Devant l’Opel… allongéE…


(…)


L’ambulance s’est éloignée de chez nous et rapproché de la Pitié-Salpêtrière. J’étais prostré, bras ballant et jambes écarté comme pour essayer de m’ancré dans la réalité. Il y avait comme une espèce de voile blanc devant mes yeux. Ou bien était-ce le brouillard ? De la neige fine ? Dans ma main droite, mon téléphone portable. Dans ma main gauche, celui de Louise. J’ai rangé le sien dans ma poche et je me suis servi du mien pour appeler Claire, une amie de Louise en qui j’avais confiance. J’ai tourné les talons et pris la direction de l’appartement et j’ai monté les marches avec difficulté. En rentrant, j’ai appelé Tom. Nous nous sommes assis en face, lui sur un de nos gros coussins au sol, moi dans le canapé. Il mangeait un pain au chocolat et me regardait avec bienveillance :


-    Ecoute champion, Claire va venir te garder. Maman est tombée dans les pommes en glissant. Elle est très fatiguée, je vais aller avec elle. Ok ?
-    Ok ! Tatie Claire vient avec Ruben ? Ça serait bien on pourrait jouer…
-    Oui… Ça serait bien…
-    Hey… Alex ! tu n’oublieras pas de dire à maman que je l’aime hein ?


Mon sourire pincé fut ma seule réponse.


Plus j’approchais de l’Hôpital, plus ma cheville me faisait souffrir. Comme j’avais eu l’impression que rien ne se passait en moi, ça m’avait rassuré. Mon corps me donnait l’impression d’être un nuage épais et laiteux de rien. Et puis le Professeur Gaspard Philippon m’a ramené aux sensations.


-    Bonjour Monsieur Léandro.
-    …’jour…
-    Asseyez-vous. Vous voulez un café ?
-    Non.
-    Bien. Votre compagne a subit un accident assez bizarre.
-    Oui, merci c’est ce que j’ai cru voir, au moins on a le même diagnostic…
-    Et bien apparemment le choc avec la voiture n’a pas été très violent. Celle-ci a dérapé sur du verglas pour percuté à vitesse réduite sur elle. Alors si en apparence, votre compagne ne présente pas trop de séquelle…
-    …
-    Hum… Et bien en fait, elle a subit une abolition de la conscience et de la vigilance non réversible par les stimulations. Il témoigne d'un dysfonctionnement cérébral sévère…
-    Vous pouvez être plus clair et direct ? Et surtout vous pouvez me mener vers elle svp…
-    Monsieur Léandro (Tout en se levant, en m’invitant à le suivre et en ouvrant la porte de son bureau…) votre compagne est dans le coma…(…)


Je suis incapable de me souvenir de la suite. De la temporalité, de mes gestes, de mes réactions inexistantes.  Je captais des bribes d’explications. « Abolition de la vie de relation », « fonctions végétatives plus ou moins conservés », « stade 2 ou 3 » « échelle de Glasgow »… Un bourdonnement s’était emparé de ma tête. Mes veines se sont mise a transpiré, il m’était impossible d’avaler cette salive farineuse présente en bouche… Et je me suis arrêté. Net…


-    Professeur ? Vous n’entendez rien ? Vous faîtes des travaux dans l’hôpital alors qu’il est en service ? Que vous avez des patients ?!!
-    Pas du tout Monsieur Léandro…
-    Ecoutez enfin !!! Il y a bien une perceuse qui perce en ce moment !!!


Il ne risquait pas de l’entendre. Cette perceuse s’échinait à percer mon cœur… Et puis la vie m’a laissé seul avec Louise. C’était vrai, le Professeur n’avait pas menti, on aurait dit que tout allait bien. J’aurais pu croire que je rentrais pendant qu’elle faisait une sieste. Ses cheveux étaient beaux. Son nez aussi. Bien sûr, ce n’était pas dans ses habitudes de dormir avec tous ces fils autour et en elle… Parfois les apparences sont trompeuses. L’extérieur est apaisé et l’intérieur souffre, crie, tape… En fait, C’était comme si Louise avait était enfermé dans une prison dorée. Celle de son corps.


-    Chérie… Je… Je ne sais pas si tu m’entends, il paraît que oui… Je suis désolé. Je… Ne t’inquiètes pas, j’ai laissé Tom avec Claire…Je… Humpfffff… Ne me laisse pas s’il te plaît! Reviens !...Hein tu vas revenir ?!
-    …
-    Ah… tu veux jouer à la Bataille c’est ça ?!
-    …
-    …


Je m’étais levé, résigné,  en direction de la sortie, conscient que je ne servirai à rien ici et avant de partir :


-    Tom m’as dit de te dire qu’il t’aime…


J’étais rentré retrouver Tom. J’avais tenté de faire bonne figure, de ne pas l’inquiéter. De lui expliquer que maman dormait. Qu’on ne savait pas quand elle se réveillerait. Que je l’amènerai la voir. Qu’il  ne fallait pas pleurer…car d’ailleurs moi-même je ne pleurais pas…  Et puis j’avais éteins la lumière. J’étais allé vers notre chambre et, de la porte, j’avais aperçu le lit vide. Je le devins aussi…

                                              ________________



En ce temps-là, tout était devenue lent. Lent, vertigineux, tortueux, immobile, cafardeux, pesant, mélancolique, sombre, humide et à fleur de peau comme le Roads de Portishead que j’écoutais en boucle. J’avais demandé d’être mis en congé pour rester là. Assis. A Attendre. A Penser. Et pouvoir rendre visite à Louise. Tous les jours, Trois fois. De façon mécanique. Il n’y a avait pas d’avancée. Personne ne savait quand est-ce qu’elle reviendrait. On avait lancé une pierre dans un puits et on attendait toujours qu’elle touche le sol, que le bruit nous indique la fin… Le temps passait au ralenti. Asseyez-vous à côté de quelqu’un et aimer-la très fort et votre vie durera six minutes. Mettez-la dans le coma…Et votre vie n’existera plus. Louise avait mis la vie entre parenthèse. C’est très lent une parenthèse. Elle peut s’étirer sur des lignes interminables. La parenthèse, on sait quand elle s’ouvre, rarement quand elle se ferme. Alors on vit ce genre de moment où l’on entend le son du silence… Le son du silence c’est un meuble qui craque comme s’il se plaignait d’être à l’étroit, c’est la précision redondante du son de l’aiguille d’une horloge qui oblige le temps à passer. Le silence, c’est entendre ces sons inaudibles lorsqu’on est heureux puisque notre attention est portée sur l’exaltation et non pas sur le néant cotonneux qui nous emmitoufle.  Il est épouvantable d’être seul quand on a été deux… Quand on l’a, on s’en lasse trop vite par négligence… Et quand il nous échappe, on s’impatiente de le retrouver… Le bonheur amoureux est un pervers addictif sans aucune délicatesse.


58653932Je crois que je suis resté assis dans la vie pendant au moins trois semaines qui me semblèrent trente longues années. Assis sans bouger. La vie a continué sans moi. Ma barbe est devenue hirsute, mes cheveux ont poussé, la poussière s’est accumulé, la vaisselle amoncelé.  Bien sûr, il y avait Tom… Mais pour tout dire, je le délaissais franchement. J’étais égocentré sur mon malheur. Je n’arrivais à prendre aucune décision jusqu’au jour où j’avais laissé Tom chez Claire. C’était un matin. Et puis je m’étais rendu à la Gare de Lyon. J’avais acheté un billet de Tgv aller-retour pour Marseille. J’étais monté dedans, sans bagages. Je m’étais assis (encore) mais au moins j’avais eu l’impression d’avancer en même temps que la vie. J’avais traversé les profondeurs du pays, voyant ce que seuls les voyageurs en Tgv voient. L’envers de la France. Je suis allé dans les entrailles, J’ai vu l’Yonne, la Nièvre, la Drôme sans jamais les lâcher des yeux, ces étendues verdoyantes et grises à perte de vue, ces vieilles bâtisses agricoles d’après-guerre, ce ciel offrant des variations de couleur comme une variation d’humeur.  Trois heures vingt-six de trajet, la tête collée à la vitre pour finalement arriver devant chez mon frère…  Parce qu’il m’avait toujours dit « On a le droit de boire quand on est triste, mais jamais tout seul ».
Il avait ouvert la porte, nous ne nous étions  pas dit un mot. Je m’étais assis sur son fauteuil, lui sur une chaise. Il avait sorti des bières, que nous avions commencé à boire en silence. Et enfin Laurent avait lâché un aussi solennel que flegmatique :


-    Alex… Je sais…


Je m’étais alors spontanément jeté dans ses bras (comme je l’avais fait, à 17 ans, après le but en or de Trezeguet, offrant l’Euro 2000 de Foot  à la France) et, là c’était arrivé. J’avais chialé, bordel ce que j’avais chialé... ENFIN. Il y a quelques années c’était des larmes de joie, aujourd’hui elles étaient de tristesse. Voilà l’utilité d’un grand frère. Pouvoir pleurer de joie comme de tristesse sans s’en soucier. Il en est de la tristesse, comme de toutes les émotions. C’est en la ressentant qu’on en a une définition précise. Lui n’était pas là pour la définir avec moi cette tristesse. Et tandis que j’inondais son épaule de mes larmes chaudes, il m’avait dit cette phrase aussi absurde que superbe, qui l’espace d’un instant m’offrit un sourire et me fit sortir de ce puits de douleur gluant :


-    C’est bien, pleures… Tu pisseras moins…


C’était tout. Tout ce dont j’avais besoin dans cette journée précisément. J’avais eu besoin de mon frère pour enfin laisser sortir ces larmes. Nous avions bu toute l’après-midi et j’avais repris le Tgv dans la soirée. Malheureusement si l’instantanée du moment passé avec Laurent m’avait fait beaucoup de bien et m’avais ancré dans la réalité l’espace d’une demi-journée, le retour du bâton fut violent. Toujours aussi tourmenté et en plein océan de culpabilité, je ne trouvais aucun levier me permettant de rebondir et d’affronter ce terrible « fait d’hiver » qui me gangrènait. J’avais alors outrepassé les conseils d’ivresse solitaire de mon aîné, pour sombrer dans des états de lapidation de mon être, quotidiennement dès que la nuit tombait et que Tom me laissait face à ce vide. Tom, étonnement, n’apparaissait pas trop perturbé par l’absence de sa mère  et par sa vie avec une ombre. J’avais l’impression que sa candeur le rendait fort. Il ne m’avait pas posé de questions et s’était contenté de recevoir les informations (galvaudées, romancées) que je lui avais fourni. Cela semblait lui convenir ainsi : Sa mère était à l’hôpital pour fatigue aigüe et elle avait besoin d’une cure de sommeil. C’était le constat que j’avais fait de notre situation. C’était le constat que j’avais fait, ce jour de Février avant une énième beuverie nocturne qui avait failli me faire chuter sur ce bureau, vieux d’au moins un siècle, ce qui précipita donc mes yeux et mon attention sur L’Enveloppe…

 

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La lettre dans L’Enveloppe :


Alex,

Jvoi bien que depui que maman né plu a la maison ca va pas trop. Ca fé lontemp que je t’ai pas entendu rire ou meme faire une blague. On va plu nulle part. Tu chante plu. Tu regarde tou le temp quelque part sans rien voir on dirai. Et surtou on dirai que je nexiste pa, tu me mene plu, tu vien plu me chercher a l‘ecole.Tu secou plu mes cheveu avec ta main quand jpasse devant toi et tu mapel plu Champion. Moi j’aimé bien.

Je sais que tu é pa mon papa et que tu le sera jamais car cé pas toi qui a fait des bisous avec maman avant que je sois né. Mé je sais aussi que tu é l’amoureu de maman depui lontemp. Le seul que je sache. Le seul qui ma vu tout nu a la douche, qui ma amené des pain au choc pour les bonhomes, ou qui expliké le foot. Et surtou le seul que j’ai vu qui ma montré comment elle étai maman quan elle est amoureuse. J’aime bien quan vous etes amoureux ca me donne envi de l’etre. Tu é pa mon papa mé jaimerai bien que tu soi celui de mon petit frere ou petite sœur.

Alor je vé te doner un conseille car je croa que maman je la coné mieu que toi. Tu sais je croa pa que maman elle é fatigué et qu’elle dort. Je croa que maman elle é pa contente c tout. Ca fé lontemp quelle se repose… donc moi je croa quelle fait semblant pour que tu te bouge… Moi elle me faisait pareil avant kan je rangé pa ma chambre ou ke je fé des betises. Elle va sur son lit et dort. Je vé lapelé, la reveillé, la secoué… elle se reveille jamai. Un jour jé compri ke c parcke elle aten ke je fasse des truc ou ke je soi sage. Alors je lui prépare un ptit déj que je lui amaine au lit. Pour toi c pareil. Elle a crié, elle é pa contente de toi donc elle atten que tu te bouge…

Sinié : Tom

 

 

Par Alex Taurel - Publié dans : Roman d'un jour - Communauté : ecrivains en herbe
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Jeudi 19 janvier 2012 4 19 /01 /Jan /2012 14:48

LE METRO PARISIEN (selon Wikipédia) : Entré en service en 1900, le métro parisien transporte aujourd’hui environ 4,05 millions de voyageurs par jour (1,473 milliard à l’année). Il comporte 16 lignes en site propre, essentiellement souterraines, totalisant 215 kilomètres. Il dessert 301 stations (385 points d'arrêt), dont 62 offrent une correspondance avec une autre ligne.


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Strasbourg st denisLouise et moi, nous  nous sommes rencontré dans le métro. Si quelqu’un veut bien calculer les probabilités de croiser son bonheur  dans le métro, grand bien lui en fasse, mais je sais qu’elles tiennent à tout sauf au hasard.  « Il est des êtres dont c’est le destin de se croiser. Où qu’ils soient, où qu’ils aillent, un jour ils se rencontrent ». J’ai enfin compris le sens de cette phrase de Claudie Gallay, un début d’après-midi de Mars. C’était un Lundi et oui il faisait soleil. Ce jour-là, il faisait frais mais qu’à moitié. Le genre de frais qui te fait te couvrir, mais laisse le soin au soleil et ses rayons de te réchauffer le corps et le cœur à la moindre occasion. Le genre de frais, à bien y réfléchir, qui laisse présager  un printemps heureux. J’étais dans la ligne 3 du métro, direction Pont de Levallois puis descendu à Strasbourg/St Denis pour prendre la ligne 4, direction Porte d’Orléans. Je suivais les couloirs de ce labyrinthe à multiples échappatoires, lisant çà et là les titres de pièces de théâtre actuels, écoutant avec plus ou moins d’attention les notes, par toujours justes, d’un vieillard violoncelliste, sans doute ici pour accompagner ses dernières heures d’un public pas toujours concerné. A un moment, le virage du couloir était à 90°, s’en suivait une vingtaine de marches en descente qui débouchait sur quelques distributeurs de titres de transports, un primeur…  et Comets de Cocoon résonna dans les oreilles des usagers, ou seulement dans les miennes… ?  Soudain ma lenteur de marche se ralentit encore un peu plus. Là, un photomaton et son rideau gris/bleu refermé au trois/quart. Dedans l’arrière des genoux d’une femme, posé sur des mollets fuselés, eux-mêmes naissant de délicates chevilles ancrées dans des pieds enrobés de merveilleux talons noir  8 centimètres taille 37 (à vue d’œil). Tout ceci derrière un voile légèrement opaque de bas sombre. Je faisais presque du surplace. Un homme pressé venait de percuter mon épaule gauche sans que je n’y prête attention. Elle sortit d’un seul coup et dans un éclair s’empara de ses clichés avant de foncer vers le quai où, comme semblait indiquer  le bruit vrombissant, une rame était sur le point d’arriver… Mon rythme s’accéléra soudainement. Je montai in-extremis dans le même wagon qu’elle. Avec le monde, je n’en savais pas plus sur elle. Tout juste que ses cheveux étaient châtain… Auburn ? Cuivré ? Roux ? et ondulés. Une station… Deux… Des places se libèrent. Je m’assois, pas elle. Elle me tourne le dos. Tant mieux. On découvre toujours trop vite les femmes. Je constate que mes premières illuminations métropolitaines sont surplombées  d’une jupe noire et d’un trench-coat beige juxtaposé  avec ses  cheveux qui arrive à mi- dos… St Michel, toujours pas de visage. Le voyage continue… Je me suis demandé où elle pourrait bien descendre. St Placide ? Denfer-Rochereau ? Nonnnnn…  Et puis je me suis dit que si elle descendait à St Germain-des-Près à quelques pas de mon boulot, je la suivrais. Oui… c’était bien St Germain.  Odéon, Son regard se porte vers la droite, et son profil ; dissimulé derrière sa lumineuse chevelure qui se fourra entre son épaule et son menton ; s’offre à moi. Son nez et sa lèvre supérieure sont retroussé, sa bouche légèrement ouverte, son menton affiné, ses cils allongés. Bordel, cette demi-personne était la grâce incarnée.  Je n’ai rien fait… je crois. Ah si j’ai murmusoufflé du bout des lèvres « oh putain ! ». Selon une étude U.S de Stéphanie Ortigue (Université de Syracuse) réalisé en 2010, il ne faudrait pas plus de 20 millièmes de secondes pour tomber amoureux…Une information à mettre au conditionnel, mais il semblerait bien que je me situais dans le temps impartie. Et St Germain est arrivé. Les portes se sont ouvertes, elle est sorti, je l’ai suivi… Elle est arrivé aux escaliers pour remonter à la surface, a monté une, deux, trois marches puis ce fut mon tour. J’ai relevé la tête au moment où mon pied droit s’est accouplé à la première marche. Tout était au ralentit. A contre-jour, je devinais son corps à travers ses vêtements ; des jambes prêtes à s’enrouler autour de moi, des fesses faites pour poser ma tête dans les jardins publics lors des siestes pendant les interminables après-midi de juin, des hanches dessinées réclamant l’envahissement de ma paire de mains ; ses cheveux illuminait déjà l’avenue. A cette minute-là, ça devait être la 75ème de la 45ème heure, Paris a cessé d’avoir  2 234 105 habitants et la RATP de revendiquer plus de 4 millions d’utilisateurs quotidien. Nous n’étions plus que tous les deux. Enfin, j’étais le seul à le savoir…
Comme un serpent hypnotisé par la mélodie de son charmeur, je l’ai suivi. Elle ne marchait ni vite, ni doucement, ni avec rudesse, ni avec lenteur. Elle marchait avec des talons et c’était beau. Je regardais le mouvement, parfaitement maitrisé, de ses jambes avancer sur le bitume à trois mètres d’elle. Parfois lorsque le feu était rouge, je pouvais m’en approcher à moins d’un mètre, et si par chance un peu d’air malicieux passait par là, il m’offrait un échantillon de son odeur. Je ne sais plus où j’étais. J’essayais de me rappeler où j’allais au moment où je l’ai croisé mais c’était flou. Aucune idée. Comme si j’étais sorti de chez moi en ce jour de repos pour aller à la rencontre de mon futur. Je crois bien que c’est à l’instant où j’ai pensais ça, que je me suis rendu compte qu’elle n’avançait plus et que ma vision de ses jambes talonnées n’était plus la même. Il y avait eu une rotation à 180°. La pointe de ses chaussures, ses genoux me faisaient désormais face. Sa jambe droite passa devant sa gauche comme pour m’annoncer « Allez viens mon gaillard, je t’attends et tout est verrouillé ». C’est là que je décidais d’enfin relever la tête pour m’offrir; tel Christophe Colomb avec l’Amérique; la découverte d’un nouveau monde. Son trench-coat n’était pas bien fermé et laissait apparaître un chemisier blanc cassé. Ses cheveux ondulaient jusqu’à sa poitrine et mettaient entre parenthèse son cou et son visage. Il était de face, la prolongation harmonieuse de son profil. A ceci près qu’elle possédait des yeux bleu/gris/jaune au nombre de deux ce qui me propulsa l’espace d’une demi-seconde sur une plage caribéenne du Costa-Rica. Je n’y restai pas bien longtemps.


-     Je me demandais si vous alliez attendre ce soir pour me violer, ou si vous étiez un mauvais détective en filature qui cherchait à savoir qui j’étais, où j’allais… Un conseil ? cherchez à « inaccessible » dans le dictionnaire, ce sera plus simple.
-    Enchanté Inaccessible.
-    Mais sérieusement ! vous n’allez pas bien ? On ne fait pas ça aux gens !!! qu’est-ce qui vous prend de me suivre depuis la sortie du métro ?
(Si elle savait…)
-    Huuuum… Personne n’est parfait…
-    Je vous gifle maintenant  ou j’attends de me présenter ?
-    La gifle d’abord. C’est toujours excitant d’avoir un contact physique avec une inconnue…
(ET VLAN dans la gueule !!!)
-    C’était Louise…


Assena-t-elle en tournant les talons, reprenant sa marche en avant. Pas le genre d’évènements m’empêchant de la suivre à nouveau.
J’étais doublement marqué au fer rouge. D’abord parce que j’avais la trace de ses doigts sur ma joue et sa chaleur qui y résidait, ensuite parce que son prénom avait trouvé écho dans mon esprit. « Louise ». Je répétais ce prénom en boucle et l’épelais. «  L… O…U… I… S… E… ». Il n’y avait que des lettres qui me convenaient… Et c’est là que je me suis rendu compte que j’étais aussi le genre de type capable de tomber amoureux d’un prénom.
Mon cœur battait fort. Son évocation du détective avait éveillé en moi de l’excitation. J’étais en mission et je ne devais pas la perdre. Très vite, elle pénétra dans  un immeuble à la porte d’entrée imposante. Elle l’ouvrit avec difficulté ce qui me permit d’en profiter pour sprinter et me faufiler juste avant que la porte ne se referme. Mon entêtement à forcer mon agilité avec les portes de rame de métro trouvait ici une issue bienveillante.  Tapis dans l’ombre, j’observais ma proie monter encore des escaliers (peut-être trouve-t-on ici, la raison de la qualité esthétique des jambes de Louise ?) pour entrer sans sonner, ni sortir de clefs à la première porte à droite du deuxième étage. Je parcourais les derniers escaliers en laissant mon cerveau réfléchir sans raisonnement. Sur le palier, je découvrais la plaque devant la porte : « CUEVAS, Chirurgien-dentiste ». Je restais planté devant, me demandant si c’était son nom de famille ? Si c’était son métier ? Le métier du mari ? L’amant de son métier ? Et je me rendais compte que je réfléchissais n’importe quoi. Quelqu’un arriva d’un étage plus haut, s’arrêta et me demanda :


-    Bonjour Monsieur, Qu’est-ce que vous faites ?
-    … J’ai rendez-vous avec Cuevas…
-    Et… ?!
-    …Et il est 14h58. J’ai rendez-vous à 15h. Je n’ai pas envie d’être en avance.


L’absurdité de cette réponse lui fit poursuivre son chemin. Cette réplique qui faisait référence à un personnage de La délicatesse de David Foenkinos, me fit constater avec réjouissance que mon boulot m’apportait une culture littéraire et cinématographique, qui me fournissait des armes vocales pour me sortir de situation gênante. Je décidais donc de rentrer. Apparemment, Louise n’était pas la secrétaire médicale.


-    Bonjour Monsieuuuuuuuuur… (très aigüe et chantant)
-    Bonjour (très mou et discret)
Elle me regardait. Moi le plafond. S’en suivi un long silence très gênant au bout duquel je reprenais :
-    Oui, madame… euh…  je viens pour un rendez-vous urgent. Je crois que je me suis cassé une dent, il faut absolument qu’on me voit, qu’elle me voit…
-    Calmez-vous, Monsieur. Le docteur Cuevas et son assistante peuvent vous recevoir…………. Me disait–elle, tout en tournant les pages de son carnet de rendez-vous.
(« C’est l’assistante !!! » pensai-je débilement et sans aucune raison avec trois points d’exclamation)
-    ……demain, entre deux rendez-vous, en urgence, à….. 15h !!!
-    Très bien je prends !!! Léandro ! Merci, au revoir !


A peine, ma phrase terminé, mon corps était déjà dehors. Mon esprit envolé. Et je ne me souviens de rien d’autre, hormis qu’avant de rentrer chez moi, j’avais fait un détour par le canal Saint Martin, pour faire quelques ricochets…
Il faisait froid et beau. Ou moche et chaud ? Je ne m’en souviens plus et à vrai dire ce n’est pas très important. C’était le lendemain, j’avais emprunté exactement le même trajet que la veille. Parmentier > Strasbourg/St Denis > St Germain… A ceci près que je n’avais pas choisi le même horaire que la veille, ne voulant pas croiser une nouvelle fois Louise ici. J’avais appelé mon patron pour lui demander ma journée pour «souci dentaire » (Je ne pouvais raisonnablement pour lui dire que c’était pour : futur en cours de construction). Tout sourire, j’arrivais sur les lieux de ma filature, sonnais cette fois-ci à la porte d’entrée de l’immeuble, choisissais encore de prendre les escaliers en sifflotant et apposais ma main sur la poignée de la porte qui allait m’ouvrir le chemin vers elle. (Là, je fais le malin, mais je vous avoue qu’en réalité je n’en menais pas large). Je déclinais mon identité à la secrétaire qui se souvenait très bien du personnage pressé d’hier et  me priait d’aller attendre le docteur dans la salle d’attente. Ce fut très rapidement mon tour, ce qui me rappela que je venais consulter un dentiste, pour… Absolument rien du tout. Je m’installais un peu contracté sur le fauteuil, dans cette pièce un peu froide et très peu accueillante. Docteur Cuevas, caché derrière son masque, allait me demander la raison de mon urgence… Et la lumière fut :


-    Excusez-moi Georges, je suis en retard… je ne sais pas ce qui m’a pris, je pensais à… et puis…
Ses yeux tombèrent dans les miens…
-    Mais ?!... Qu’est-ce que….
-    Bonjour Inaccessible…
-    Pourquoi êtes-vous  sur mon lieu de travail ?
-    Parce que c’est le vôtre !!!
-    … (sourcil froncé)
-    … (yeux brillant, sourire gêné)
-    … (front plissé, yeux passant de Louise à moi, à Louise, à moi… et bouche caché derrière un masque)
-    Je tombe souvent sur vous en ce moment…
-    Vous voulez tomber sur moi samedi vers l’heure où le soleil commence à somnoler ?
-    … (sourire et dent du haut se mordant lèvre du bas, en baissant la tête)
-    … (« Oui ?! » avec les yeux)
-    Bon ! Aller. Ça suffit ! Nous avons du travail. Je vais vous demander de bien vouloir quitter le cabinet.


M’annonça-t-elle, après une brève reprise en main, tout en me raccompagnant vers la porte.
Elle a dit « au revoir », j’ai entendu « à très vite », elle m’a susurré « demandez mon numéro à la secrétaire », j’ai compris « Oui pour samedi, j’ai hâte ».  La bienveillante Rosie me donna effectivement son numéro de téléphone. Le reste ? Le reste n’est que blabla, promenade, ciel bleu, doutes, ricochets, écriture, projection du samedi dans ma tête, flip, conseils miteux des copains, rêves, envie de cigarette, insomnie, texto de rendez-vous à Louise, refus de refumer…  Et samedi qui arrive.


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Texto échangés entre Louise et moi :

« Bonjour stop… Rendez-vous samedi 16h stop… Sur le Ponts des Arts stop… Svp, venez avec vos jambes stop…  Ce message ne s’autodétruira pas stop… Votre détective en filature stop… »
« Ok pour 16h. Par contre, je dois vous tourner le dos au rdv ? Je crois que c’est ce que vous connaissez le mieux chez moi. »


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PontDesArtsLarge m Le matin du samedi, je m’étais levé à 6h30 sans l’aide de réveil. Une fois n’est pas coutume j’étais allé petit-déjeuner. C ‘était  au Starbucks de la rue St André des Arts, à deux pas de mon boulot. Et puis j’avais travaillé sereinement toute la matinée. Je crois même qu’il m’était arrivé de siffloter et de jouer trois accords de piano en passant. A 13h, j‘étais rentré chez moi en flânant dans les rues de L’ile de la cité, engouffrant un croque-monsieur pour repas, puis j’avais pris le métro.  Une douche et j’étais déjà reparti. Je ne sais plus trop pourquoi, j’étais passais par le bureau de tabac pour acheter un paquet de cigarette. Cela faisait six mois que j’avais arrêté. Je l’avais rangé dans la poche de mon jean’s,  et j’avais poursuivi ma route. Le Ponts des Arts : J’avançais fébrilement vers ce rendez-vous. J’étais perché, foutu, cuit, dans la nasse et pas malheureux de la savoir. Mes pas étaient très lent sur ces planches de bois surplombant la Seine (j’avais un peu d’avance), j’avais mal au bide, la bouche sèche, j’étais stressé donc j’ai sorti une clope que j’ai fumé. Donc j’ai encore plus asséché ma bouche, mais ça faisait du bien.  Et finalement je m’étais dit que, le goût de la cigarette pour faire découvrir un gout aussi intime que celui de ma bouche à Louise, c’était moyen. Le goût de notre bouche, c’est un peu Nous mis à nu. Y’a plus rien pour camoufler quoi que ce soit.  Alors j’avais pris une grande taffe, j’avais recraché la fumée, écrasé ma cigarette et donné mon paquet au mec qui fumait accoudé à la barrière, les yeux mi-clos, le regard triste vers l’ouest et son soleil descendant. Il semblait en avoir plus besoin que moi. Du coup, je m’étais enfilé un tic-tac. Bref, j’étais arrivé en avance et c’était voulu. Je voulais être le premier et attendre. Attendre pour voir  si elle aussi serait dans cet état-là. Attendre pour la voir arriver. Attendre pour voir son regard qui me cherche. Ce regard qui trompe rarement les intentions, les sensations… Et j’ai vu. Elle est arrivée. Elle était belle, son port de tête était haut, elle me cherchait avec envie, anxiété et plaisir, ça m’a suffi, j’ai décollé… On doit le vivre au moins une fois ça. Rien qu’une, parce qu’après ça n’a plus la même saveur. Elle était à vingt mètres, je me suis levé, elle m’a vu et a souri en accélérant sa foulée. Vingt mètres à parcourir et j’ai eu l’impression qu’elle mettait une éternité. Et puis tant mieux… parce qu’après plus rien ne serait comme avant, il fallait se souvenir de ces derniers instant de vie sans elle.


Nous nous promenions Rue de Seine depuis une centaine de mètre, j’écoutais le bruit envoutant de ses talons claquer sur le bitume, quand je me suis rendu-compte d’une chose : Si nos échanges des jours précédents avaient réussi à faire sauter la barrière de la gêne des premières minutes de rendez-vous, nous permettant de se tutoyer. Il n’en était pas moins, qu’elle ne savait toujours pas mon prénom. Je sorti alors mon téléphone (Je supposai qu’un « conard » raisonna dans son intimité) pour lui envoyer le texto suivant : « Le conard à côté de vous, qui ne s’est pas présenté et qui sort son portable alors qu’il est en rendez-vous, s’appelle Alex ». Elle le reçu, le consulta puis m’adressa un sourire qui, j’espérais, voulait dire « Oui, moi aussi je suis amoureuse de ton prénom ».


Nous avions ensuite bifurqué Rue Mazarine, pour que je lui montre l’endroit où je travaillais. Il faisait doux, c’était agréable pour un mois de Mars. Le ciel avait allumé ses lumières tamisé mélange d’orange, de rose et de bleu nuit, réchauffant les yeux et libérant le cœur. Nous nous engagions dans la partie piétonne et pavé de la Rue de Buci pour reprendre le Boulevard Saint-Germain en direction du Café de Flore (car oui, nous avions décidé de boire, pour notre premier rendez-vous, un café au prix du caviar !), quand la vie nous a fait voyager dans le temps. Un groupe de « Street-musicians » sexagénaire jouait du Jazz’N’ Blues. Nous nous sommes arrêté, j’ai soufflé à Louise qu’en fermant les yeux, nous nous retrouverions peut-être à La Nouvelle-Orléans en Louisiane. Les premières notes de saxophone et de trompettes ont tourbillonné, Louise s’est approché, a pris mon bras et a posé sa tête sur mon épaule et  What a Wonderful World  nous a embarqué avec Louis Armstrong dans les années 3O’. Des fois, le monde est merveilleux…


cafe-de-flore-copie-1.jpg Au Café de Flore, nous avions poursuivi notre découverte l’un de l’autre, j’étais sans doute assis sur la chaise de Boris Vian, elle léchait à n’en point douter la cuillère à café de Simone de Beauvoir. Le p’tit noir coûtait les yeux de la tête (de toute façon je l’avais perdu), mais ça valait le coup d’être ici car comme disait Jean-Paul Sartre « Le Flore c’est une pièce de théâtre qu’on vit tous les jours ». Là, je lui avais expliqué que j’écrivais mais sous un pseudo, que certains de mes romans avaient été publié, qu’elle était le genre de personne qui facilitait mon inspiration. Elle avait bougé sa tête de droite à gauche très lentement, tout en me fixant, pour me faire comprendre qu’elle savait que j’étais entrain de sortir les violons. Pour crédibiliser mes propos, j’avais dû me résoudre à lui exposer une théorie aussi audacieuse que mensongère :


-     Tout auteur a besoin d’une muse pour prendre de la hauteur. Bien que certainement bisexuel, Shakespeare ne manquait pas à ce mécanisme. Et la Dark Lady, à qui il avait adressé une vingtaine de ses poésies d’amour l’avait compris. Elle-même avait avoué « J’inspire Shakespeare ! ». Elle était sa respiration artistique… Je t’ai déjà dit que j’aimais bien ta façon de prendre de l’oxygène ?
-    Sinon, ça marche avec les filles, d’habitude, les belles paroles ?... Flatteur !
-    Flatteuse !
-    … Non… Flattée !


Nous venions de nous créer un silence. Lorsqu’un silence gênant est prolongé parmi une assemblée, on dit qu’ « un ange passe ». Ce n’était pas le cas. Ce n’était pas ce genre de silence. Au contraire, c’était le genre de silence qu’on redemande. Nous n’avions rien de plus à dire et c’était tant mieux. Nous nous faisions face, nos yeux souriaient et oscillaient entre leurs semblables et les tasses de café, nos sourires étaient pincé et il était évident que nous avions fait notre, cette maxime de Quentin Tarantino dans Pulp Fiction : « On sait qu’on a trouvé quelqu’un de spécial, quand on peut la boucler et partager un silence agréable. ».
La nuit était tombée. Le crépuscule commençait à faire place à l’aube de notre histoire. Pour éviter, de croiser trop de connaissances, dans ce quartier que nous fréquentions à longueur de semaines tous deux,  j’avais émis l’idée de poursuivre notre soirée dans un autre arrondissement, ce que Louise avait trouvé fort à propos. Nous nous étions donc réfugier dans le 11ème, au quartier Bastille. Attablés au QG, rue de la roquette, l’ambiance était plus cosy, chaleureuse et feutré, les échanges moins littéraire et séducteur mais plus intime et personnel. Enfoncés dans des fauteuils Club en cuir marron foncé, alliant le confort et l’élégance des années 2O’, sous les gouttes violettes du Purple rain de Prince, nous nous laissions aller à plus de confidence. Ici, un complexe sur un grain de beauté mal placé ou la découverte d’une passion commune, là un souvenir honteux de l’adolescence, plus loin une anecdote sur la relation parentale douloureuse. Nous dégustions nos confits de canard sans nous lâcher des yeux. A un moment, on frisa l’incident érotique : Pour  le dessert, Louise commanda un « pain perdu au coulis de caramel laitier et sa glace au pain d’épices ». Elle se le vit servi sur une assiette plate en ardoise. Les enceintes diffusaient avec grâce, la profonde introduction de ce que certains n’hésitent pas à appeler « la meilleure chanson du monde » : Stairway to heaven de Led Zeppelin (Décidément, cet endroit avait tout bon. Le QG, où comment agrémenter sa vie d’une B.O de qualité !). Il faut le confier, elle se ruait avec une délectation non dissimulé sur son dessert apetissant. Elle prit une cuillère de pain avec du coulis et un peu de cette glace et la porta à ma bouche ; toute heureuse de faire jouir mes papilles ; puis fit de même avec la sienne. Elle ne me regardait plus, trop occupée avec les restes de caramel dans l’assiette. Moi je ne faisais que ça. Elle avait au coin de sa bouche et sur le dessus de sa lèvre un petit peu de cette glace. Moi je n’étais plus là, je n’attendais qu’une chose,  qu’elle s’endorme sur la table ainsi. Moi j’étais dans My Blueberry Nights. J’étais Jud Law voyant Norah Jones s’endormir en face de lui avec de la glace en coin et osant lui débarrasser sa bouche de cette glace pour l’encombrer de ses lèvres. Et moi j’étais rapidement ramené à la vraie vie.


-    Et sinon, qu’est-ce que ça te ferais, si je te disais que j’ai un fils de 6ans ?
-    Ah ! (onomatopée exprimant un rire genre « quelle deconeuse ! »)
-    J’ai un fils de 6ans…
-    Aaaahhhh  (autre onomatopée) hum….huuummm. Oui ! bah ouais, hum… Enfin non mais oui !
-    … (?!)
-    C’est bien. Enfin j’veux dire : C’est biiiiiien !!!
-    … (?!)
-    Félicitations !
-    Alex ! Ca fait 6ans que je l’ai…
-    Justement !!!
-    Il s’appelle Tom.
-    Son papa doit être fier de…
-    Il ne connait pas son père. Moi si. Mais il n’existe plus.
-    Hum…Il fait chaud là ?! Tu ne veux pas qu’on sorte ? On va boire un coup ? On va boire ?!
-    Si tu veux.


Parfois, la vie rassemble le golf et une nouvelle histoire. Elle vous fait démarrer votre parcours avec un handicap.


29ewr 480x270 y8m0t Cette annonce m’avait quelque peu perturbé. Il est toujours délicat de désirer une femme qui a déjà  mis au monde, ça l’est d’autant plus quand l’enfant est encore très jeune. Néanmoins je me rendais bien compte que ma réaction était plus que déplacé, surtout qu’après 48 secondes de réflexion, j’en arrivais à la conclusion qu’un Tom de 6ans, 30kg et 1m au garrot ne m’enlèverait pas de la peau une Louise. Je m’en voulais, j’étais soudainement devenue maladroit et anxieux, mais Dieu merci, elle avait accepté sans hésitation mon invitation à prolonger notre rendez-vous, dans l’ivresse. Je ne l’avais peut-être pas perdue. A Bastille, il n’est pas très compliqué de trouver un bar pour « boire un coup ». En sortant du QG, à droite se trouve la rue de Lappe. 265m de bars/cafés/resto pour ce qui est une des rues les plus animés de Paris la nuit. La rue était bondée, dans les bars comme sur les trottoirs. Nous nous étions arrêtés au Bar sans nom. Décor chaleureux, fait de bric et de broc, coussins moelleux partout sur des sièges dépareillés. Ambiance médiane (ni trop bruyants, ni trop calme) et cocktails cubains sous les notes de Long train running des Doobie Brothers. Idéal pour  reprendre un contact qui était  au ralenti depuis notre départ du resto. L’endroit semblait lui convenir. Si j’ai autant de souvenir de ce bar, c’est parce qu’il est un endroit marquant pour moi. Une première fois, Louise s’était levé, m’avait demandé de l’excuser et était allé fumer une clope sur le trottoir me laissant face à mes interrogations masculines, incapable de déchiffrer le langage non-verbal féminin et face à l’angoisse de son absence pendant trois minutes et vingt-sept secondes. Une première fois, elle était revenue. Nous nous sentions vraiment bien, son visage s’était re-décontracté. Une deuxième fois, Louise s’était levé, m’avait deman……. Une première fois je l’ai suivi dehors. Parce que je m’étais dit que quoi qu’il puisse arriver, si elle venait à gouter ma langue, ce n’est pas le tabac qu’elle trouverait, mais bien le goût sucré des langues alcoolisé. Quoi de mieux lorsque l’on s’enivre de l’Etre désiré ? L’endroit est marquant car c’est ici que j’ai recommencé à fumer. J’ai recommencé à fumer parce que l’idée de la quitter pour ses trois minutes et vingt-sept secondes de cigarette devant le bar m’était insupportable. Dehors, face à elle, j’étais  en (tentative d’) équilibre sur le bord du trottoir et sur un pied. Nous fumions, elle parlait et je découvrais des petits détails. Elle avait un très léger  chevauchement de ses incisives du haut. Très léger, mais pourtant visible. Et ces lèvres avaient une couleur légèrement violette. Je l’avais remarqué parce qu’elle se les humidifiait systématiquement avant de parler… Les petits détails… C’est toujours ce qui vous fait passer de charmé à envouté, du bord du précipice à la chute… Ça fait mal de tomber amoureux ? Je sais pas, mais en tout cas elle est belle la chute…


Le reste de la soirée ne fut que chiffres et Athlétisme. Aux 265 mètres de la rue, il convient d’ajouter que nous nous sommes lancés dans les bars parallèles. L’addition ? 1 homme, 1 femme, 2 heures, 10 bars (dont certains au nom cocasse : Le Balajo, La chapelle des lombards, Le Bar des ferrailleurs, Le Chantier interdit, Le Bar des familles…), 8 mojitos, 13 cigarettes, 5 whisky-coca, 1 effleurement de sa joue, 2 de son avant-bras, 132 pas-de-danse (certains de salsa, d’autres… frisant le ridicule), 7 fous-rires communs, 5 check, 1 départ sans payer, 2 chutes, 22m parcourus tel un équilibriste sur le bord du trottoir sans trébucher,  31 sourires complices, 3 sonneries de cloche… Il paraît que la rue de Lappe est celle des Happy Hours. Ces heures (heureuses) passés avec elle, en sont la plus belle des illustrations…


Et nous étions arrivés 23, rue Parmentier, en bas de chez moi sans même nous poser de questions ou nous en rendre compte. Comme si j’habitais dans la continuité de la rue de Lappe. L’euphorie avait laissé place à l’apaisement ou à ce truc en peu bancal. Ce moment qu’on voit tous dans les films romantiques et qui se passe toujours naturellement. Ce moment qu’on vit tous après une soirée de premier rendez-vous et qui se passe toujours difficilement. Ce moment où les distensions entre le langage féminin et masculin sont à leur paroxysme. Ce moment où personne ne sait (enfin surtout les hommes).Ce moment guillotine, couperet, décisif, bord du précipice, pile ou face du « Devant la porte »… Et bien ce moment j’étais en train de le combler piteusement en fumant une dernière clope et en lui avançant une théorie de comptoir selon laquelle «… le moment qu’on vivait révélait à quel point ce sont bien les femmes qui décident toujours ! Aussi bien du futur de la terre que  de celui des relations… ».


-    Humhum… T’as fini Beigbeder ? On peut monter ?  
-    … Prend l’ascenseur, c’est au troisième. Moi je vais monter par les escaliers, mon père m’a toujours dit « que ça permet de réfléchir »…
-    Bah oui, c’est vrai que t’as besoin de ça…


… Elle me sourit avant de que les portes ne se referment sur elle… Déjà je grimpais les escaliers quatraquatre…  It’s so easy d’Erica Bjuremark raisonna dans mon cerveau, dans mon corps, dans les 1m carré de l’ascenseur, dans la cage d’escalier, dans l’appartement de Monsieur Colleau du second…  Ensuite, Je suppose qu’elle a dû s’adosser, prendre une légère respiration, fermer les yeux… Elle s’est surement demandé si elle était au bon endroit avec la bonne personne, au moment où sa tête s’est penchée vers l’arrière pour appuyer l’arrière de son crâne sur la paroi de la cabine. Ses deux mains ont tenu les lanières de son sac devant ses genoux. Ses jambes étaient entrecroisées et de son pied droit, seul le talon devait toucher la moquette de  cette pièce mobile. Elle eut seulement trois étages pour apporter une argumentation à sa réflexion. Trois étages soit exactement 62 marches pour moi. Je ne sais pas si c’est ce qui s’est réellement passé pour elle, en revanche ce dont je suis sûr, c’est que l’on s’était quitté sur des sourires échangés à cinquante centimètres… et que l’on s’est retrouvé sur un baiser échangé à zéro. Le baiser est équivalent au niveau de la mer pour l’altitude. Lorsque les portes de l’ascenseur s’ouvrirent sur le palier de mon étage, dans la fraction de seconde où sa vision s’ouvrit vers l’extérieur, mes lèvres s’agrippèrent aux siennes et nous nous engageâmes alors dans une valse à deux temps…  Un temps pour la légèreté, le tourbillon, la sensualité et la grâce le long des quelques pas qui nous séparaient de la porte de mon appartement et un temps pour une belle chute commune. Une fois la porte ouverte puis renfermé avec excitation comme dans les films, nos jambes s’emmêlèrent au tapis du salon et nous tombâmes  à la renverse sur mon canapé de cuir marron et usé, avant de conclure au sol. Je crois bien que c’est à ce moment très précis qu’on est tombé amoureux l’un de l’autre. Mon cul par terre, Louise sur moi, les fers en l’air, mes yeux dans les siens… Nos éclats de rires furent les préliminaires de notre nuit d’amour. Il n’y a pas trop de mots pour décrire le moment où l’on déshabille pour la première fois l’objet de notre attention, la cause de notre tension. Encore moins pour le moment où on le touche. Quand notre distance d’attraction physique passa à un chiffre négatif, la vie fut mise entre parenthèse. Ma bouche s’ouvra, mes yeux se fermèrent et mon cerveau, qui avait très chaud, fut soudainement à l’étroit dans sa boîte crânienne. J’suis pas un délicat, mais là il faut avouer que ça m’avait fait sacrément chavirer…


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Demain était là. Et il n’y a rien de plus merveilleux que demain avec l’autre. Je fus réveillé par sa peau nue contre la mienne. Nos yeux s’ouvrirent à peine et sans échanger un mot, nous avions pris le petit déjeuner au lit. Mais nul besoin de couvert… Seule une cuillère fit l’affaire… Une pour deux…


Ensuite Louise s’était assis sur le bord du lit, avait pris un stylo pour s’attacher les cheveux et me dévoiler sa nuque. Elle avait enfilé ma chemise et avait filé sous la douche. Je ne comprenais pas trop le pourquoi de cette urgence sanitaire. Je constatais avec une moue dubitative l’horloge qui indiquait 9h30, et concluait, un peu chiffonné que nous n’étions peut-être pas sur la même longueur d’onde. Elle sortit 8mn plus tard et s’habilla devant moi. Une fois ses affaires rassemblé elle se rapprocha, m’embrassa et entama :


-    Je dois vite partir. J’aurais aimé rester toute la matinée… La journée même ! Mais je dois récupérer Tom. Il a passé la nuit chez un copain et la maman m’attend. Et lui aussi m’attend… Tu sais hier, quand je l’ai évoqué, tu as eu l’air… catastrophé, inquiet ? sur le recul… Oui je suis une maman, mais je suis une femme aussi. Tom passe avant tout et je sais que cela peut faire fuir. Alors je ne sais pas, je… je comprendrais si tu ne… enfin…  En tout cas, j’ai adoré « tomber sur toi samedi vers l’heure où le soleil commence à somnoler ». Mais ce que je veux c’est que ça soit clair. Ça peut être dur pour toi, frustrant…


Je lui coupai la parole avec mes lèvres…  Ensuite, je m’étais levé, j’étais allé vers la fenêtre, j’avais tiré les rideaux, regardé le ciel bleu d’un dimanche matin de mars et m’étais retourné vers elle :


-    J’ai décidé que ma vie était un tout petit peu trop simple et que je voulais essayer de la compliquer avec toi…
-    Ok. Alors appelle-moi quand tu veux qu’on se voie. Ce n’est plus la peine de me suivre dans la rue…


Et elle fila en m’offrant ses incisives du haut légèrement chevauchée comme souvenir. On s’est revu un peu… Et puis après beaucoup… Et finalement tout le temps…

Par Alex Taurel - Publié dans : Roman d'un jour - Communauté : ecrivains en herbe
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Mercredi 18 janvier 2012 3 18 /01 /Jan /2012 00:12

Jean Charles decoudun canal St Martin2  Cette histoire débute dans les premiers jours de Février vers 5h du matin, mais je crois que je suis bien incapable de situer les minutes environnantes, tant il m’était difficile de lire l’heure à ce moment-là. Fier de mon état lamentable, je rampais debout au milieu des marécages de l’appartement, tentant d’éviter les cadavres, jonchés au sol, de bouteille d’alcool au nom improbable : Garlaban, Arquebuse, Génépi, Armagnac… J’allais vers la fenêtre pour allumer  la dernière cigarette du condamné, quand je fus rattrapé par les absences de mon oreille interne défaillante, me faisant trébucher et manquer de me vautrer sur mon bureau. Mes mains, dans un dernier sursaut d’orgueil,  m’apparurent alors comme « l’homme qui tombe à pic » pour me sauvegarder d’un coup de foudre avec l’angle en bois de hêtre de ce mobilier robuste. Après une brève reprise de souffle, mes yeux parcoururent nonchalamment  la vaste étendue plaine et marronnasse de ce bureau hérité de ma grand-mère maternelle, il y a une quinzaine d’années, pour s’arrêter… Là, une enveloppe…


C’est tout ce dont je me souviens jusqu’à l’apparition vicieuse de ce diabolique rayon de soleil venu mutiler mes paupières, jusqu’alors douce couette de mes rétines et garante de mon flirt nocturne avec le sommeil, sur mon parquet. A mon réveil, il n’était déjà plus là… Et elle toujours pas revenue. Je tentais de rassembler le peu de condition physique qu’il me restait pour me glisser sous une douche glacée, salutaire dans l’optique d’endosser mon costume de décence sociale afin d’aller rendre visite au monde extérieur. Une fois dehors, je me laissais porter, tel un automate divinement téléguidé, par les transports en commun de la RATP, en prenant soin avec maniaquerie, de vérifier si L’Enveloppe était toujours sur moi. Le hasard me fit descendre aux abords du canal Saint Martin où un banc public ombragé et aussi un peu vert (dé)passé m’accueillit à bras ouvert. La température était plus basse que mon degré d’alcoolémie de la veille mais le soleil était convié, le silence était installé mais une poule d’eau faisait parfois ses gammes. L’eau coulait sagement sous mes yeux reflétant avec délicatesse les branches des platanes et moi… Moi je lisais le plus beau texte qu’il m’ait était permis de lire, écrit par un visionnaire. Un texte absolu, fort, poétique et vrai. Un texte dans lequel « mais » s’écrit « mé » et « crois » s’orthographie « croa ». En arrivant à la dernière ligne, mes pommettes étaient humides, mes dents étaient découvertes et offertes à la vieille dame promenant son caniche qui passait devant moi. J’avais tout compris et terminais de lire : « sinié : Tom »…
Mais pour comprendre comment j’en suis arrivé à avoir mes deux pêches posées sur ce banc et dans ces conditions, il faut appuyer sur la touche « retour en arrière »…
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 Des longs cheveux légèrement roux, un port de tête à la sensualité déconcertante. Tout à l’heure en croisant son visage j’y ai aperçu des yeux vert  tendre et des petites tâches de rousseur qui coloriait les rivages de son nez aquilin… Maintenant, je suis derrière elle à une demi-douzaine de mètres. Je calque mes pas sur ceux de ses Converse de cuir noire qui transportent ses jambes habillées d’un jean’s. Je l’observe, je l’aspire, elle m’inspire… Je la suis depuis deux rues et un changement de trottoir, nous sommes sur le Pont Neuf direction la rive gauche. Elle s’arrête. Se retourne… Merde…


Je m’appelle, enfin les gens m’appellent Alex, puisque c’est le prénom que m’ont offert mes parents. C’était il y a une vingthuitaine  d’années maintenant, à Marseille. Très vite, nous avons déménagé à Paris, dans le 11ème arrondissement. Aujourd’hui, mes parents sont revenus dans le sud, moi j’y habite toujours, rue Parmentier, près du canal Saint Martin. Enfant, tous les samedi matin j’y allais faire des ricochets. La poésie de l’environnement couplée au romantisme de ce caillou plat flirtant avec cette eau paisible… Ça m’avais donné envie d’écrire…  Je travaille au quartier latin dans une librairie, enfin café, ou vidéoclub ? hum… Un endroit où on peut poser ses fesses dans un fauteuil, commander un café et lire Camus, Hugo ou BeigbederBukowski, Bret Easton Ellis ou So foot et Les Inrockuptibles ; ou bien louer leurs œuvres ; ou bien louer un Klapisch, un Truffaut ou un Scorsese en Dvd ; ou bien jouer du piano, mais pas debout… C’est un bordel ! J’aime bien…  A côté de ça, parfois, depuis les ricochets,  il m’arrive d’écrire et parfois il arrive que certains me lise aussi. Mais personne ne le sait vraiment puisque je publie sous un autre nom : Enzo Parisse. Les raisons de ce refus d’être mis en avant sont  nombreuses à piocher parmi : « Pour vivre heureux vivons caché », schizophrénie, timidité, refus d’être jugé… Faites votre choix ! Prenez un bon morceau de manque d’assurance mélangé à des fulgurances d’audace, ajoutez-y un nuage de pudeur, une pincée de subtilité, un zest de curiosité. Saupoudrez d’une barbe biscotteuse, de cheveux jonché çà et là sur mon visage et mettez au four pendant 28ans et vous obtenez l’homme qui est en train de vous écrire. Pour bien vous familiariser avec celui que vous avez eu tôt fait de prendre pour un pervers  qui suit les femmes dans la rue, quelques lignes précédemment,  il convient d’ajouter que je suis célibataire depuis toujours… Enfin, il y a bien eu Maëlle et Zoé… et puis Mathilde aussi en fait… Lilly, Sarah, Julie, Natacha (mais je n’aimais pas son prénom), Anissa, Céline…ah oui Anaïs aussi… euh ? C’était Nadège ? Ah non Sandra ! Bon… Bref, je… je suis célibataire, et la raison qui me pousse à marcher quelques mètres derrière cette femme et simplement la recherche de l’inspiration. Les belles choses m’ont toujours inspiré. On en revient aux ricochets sur le canal Saint Martin…


… A ce moment précis, une grosse goutte de sueur nait entre mes omoplates et s’engouffre dans le sillon de ma colonne vertébrale. Je sais que je suis dans la merde, mais reste de marbre. Ses yeux sont d’un vert euphorisant… trois mètres… Ses taches de rousseur doivent être l’œuvre d’un Impressionniste de grande envergure… Un mètre… Elle est là, plantée devant moi qui avance l’air de rien, mais les yeux écarquillés tel un enfant qui attend la fessée. Une fessée qui sera une claque pour moi, superbe coup droit (sûrement une tenniswoman) venant cajoler ma joue gauche,  rosé par le frais et désormais rougis par sa main. Coup droit quel ponctua par un « Ca va bien ?!!!!!! Vous voulez que j’appelle la poliiiiiiiiiiiiice ?!!!!! » Du plus bel effet, rappelant aux badauds et à moi-même le « Ahh hiiiiiiiiiiiiiii » de Monica Seles dans les 90’s. Je me suis dit « Plus jamais ! Je ne suivrais plus jamais une fille dans la rue ! ». Il ne faut jamais dire jamais, sonne comme une phrase toute faite…  mais qui se charge toujours de vous rappeler à quel point elle est terriblement juste…

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Elle a vu le jour à l’approche de la naissance du printemps à Nice, il y a 27 années. C’est toujours mieux de venir à la vie avec l’horloge des saisons. On fleurit, on s’épanouit, on se ramollit, on hiberne puis on refleurit. C’était un 15 mars. C’est bête, elle est née exactement le jour de sa fête. Sa mère avait décidé de son prénom depuis qu’elle avait appris sa grossesse. C’était un hommage à l’artiste/sculptrice/plasticienne franco-américaine L. Bourgeois dont elle était véritablement bouleversé par  les œuvres. Ses parents étaient d’origine italienne, comme les miens. Enfin, sa mère on en est sûr. Son père un peu moins tant l’évocation de ce monsieur est taboue. Elle ne l’a pas connue, ce dernier étant partie quelques temps après le printemps.  Il parait qu’en approchant de la quarantaine, certains hommes ont « la bougeotte ». Lui, a tellement bougé qu’il n’est jamais revenue, ni pour sa femme, ni pour sa fille. Une absence pareille se répercute forcement sur les premiers choix d'une vie, non ? Elle a filé tout droit vers l’adolescence sans figure masculine autour d’elle. Puis sa mère a « refait sa vie ». Un nouvel homme avec deux enfants. Elle fut bien obligée de partager sa mère en quatre. Parfois, on fait tout ce qu’on peut pour faciliter les choses et malgré tout ça ne marche pas. Ce fut le cas. La famille recomposée ça ne marchait pas. Surtout pour elle. Alors  inévitablement quand l’occasion de quitter la maison s’est présenté, elle n’a pas beaucoup tergiversé. D’autres auraient dit qu’elle s’est précipité.  A 20ans, en juillet, lorsqu’un homme de six  ans son ainé, barman saisonnier de son état, l’a charmé, elle a vue s’ouvrir devant ses yeux un futur en forme d’échappatoire. Lui était parisien et remonterait à la fin de son contrat. Elle était déjà obnubilée. L’homme n’a pas eu besoin de beaucoup de force de persuasion, et aussi irréfléchi que cela puisse paraître, après deux mois d’un amour de vacances (d’une histoire sans lendemain comme chantait Christophe Rippert), Lui et Elle, Elle et Lui étaient EUX. Le couple s’installa ensemble sur Paris, où son boulot l’attendait. « L. » entama ses études d’assistante dentaire. Sa naïveté et son absence de figure masculine dans sa vie avaient surement précipité ce choix. Après quelques mois de vie commune, à sa grande joie, elle tomba enceinte. C’est pendant cette période de congé maternité qu’elle fut un peu délaissé et qu’elle  se passionna pour la littérature à suspens, les romans noir, les thrillers. Cette littérature qui la sortait de son quotidien tout en lenteur, de sa parenthèse de grossesse, qui la faisait voyager le temps d’une journée ou soirée d’attente de l’homme qu’elle aimait. Il y a quelque chose de très vicieux dans nos vies. Des fois, il semblerait que cette dernière prenne un malin plaisir à répéter les évènements.  Son enfant est né au printemps. Elle fût la plus heureuse et épanouie des femmes. C’était un petit homme. Enfin, une aura masculine partagerait sa chair et son sang. Il y a quelque chose de très vicieux dans nos vies. Des fois, il semblerait que cette dernière prenne un malin plaisir à répéter les évènements.  C’est quelques temps après le printemps  qu’elle découvrit que le père de son fils vivait une double vie. Une femme et une fille à seulement quatre arrondissements du leur... Blessée, anéantie, brisée, elle montra une force de caractère incroyable. Wild world de Cat Stevens fut son hymne et elle puisa sa détermination dans le besoin d’offrir une belle vie à son nouveau petit homme. Le seul. Et ce fut bien le seul pendant des années. Elle se concentra avec courage dans l’obtention de son débouché professionnel et les premiers pas de la vie de sa moitié. Bien sûr, elle a failli craquer, bien sûr ses larmes l’ont maquillé, bien sûr son l’éponge elle l’a jeté, mais jamais très longtemps. Et après ces années de lutte, de galère financière, de cumul étude-boulot X2, elle fut embauché dans un cabinet dentaire ce qui lui permit de quitter leur sordide studio exigüe de la Porte de Montreuil et d’offrir à son fils, un appartement cosy avec une chambre et un balcon dans le 10ème. Elle pouvait enfin reprendre le cours de sa vie normale. Parce que oui, même après son père, même après son expérience traumatisante, une maman a encore envie d’être une femme dans les yeux d’un homme. Une maman a encore envie d’aimer… De vivre…  Elle en était persuadé depuis qu’elle avait lu que  Marcelle Sauvageot semblait avoir écrit pour elle : « Vous pouvez  tout faire, penser ou croire, posséder toute la science du monde, si vous n’aimez pas, vous n’êtes rien ». Enfin tout ceci je ne le savais pas encore au moment où je compostais ma carte Navigo dans le tourniquet du métro Parmentier. D’ailleurs à cet instant je n’avais jamais entendu parler de Louise…

Par Alex Taurel - Publié dans : Roman d'un jour - Communauté : ecrivains en herbe
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Mardi 26 juillet 2011 2 26 /07 /Juil /2011 16:14

On en est donc là. Ce vendredi, dans ce bordel, Nino écoute l’histoire de cette fille-là. Un an après son arrivée, ou plutôt devrait-on dire son parachutage contraint et forcée ici, elle vient de raconter son parcours à un inconnu. Elle qui s’était promis de ne plus s’ouvrir, se confier, se fissurer… s’affaiblir. Il faut croire qu’il y avait dans l’attitude et le regard de Nino un je ne sais quoi de confident. La situation est tout à fait cocasse. Un bordel, un client, une pute qui discutent intensément  au comptoir du bar. En voilà une qui ne doit pas très bien gagner sa vie doivent songer les autres clients. En voilà un qui doit être gay doivent songer les autres prostitués… ou timide ? Ou ultra riche ? A un moment, on ne sait plus trop comment, on ne sait plus trop pourquoi, Vesna, sans dire un mot, a décroisé ses jambes, est   descendu du tabouret, a  posé ses talons aiguilles sur le carrelage gris anthracite du bordel, a pris la main de Nino et s’en est allé dans l’opacité de ce monde de péage sexuel. Une location de chambre, un kit sanitaire pour faire comme tout le monde et les voilà devant la porte de la chambre numéro 23, premier étage, au fond du couloir à gauche.  Pour dire vrai, ils étaient un petit peu pompette tous les deux. Est-ce l’ivresse de leur rencontre ? Ou les effets pervers de ce liquide aux couleurs d’yeux de Vesna ? Surement un peu des deux. Ils pénètrent et derrière la porte qui se referme sur eux, démarre  les premières minutes du reste de leurs vies…

Embrasse-t-on une prostituée avec langueur ? Un rapport tarifé n’a-t-il pas une durée limitée ? Joui-t-on de concert dans ces endroits ? Une pute a-t-elle le droit de faire l’amour sur son lieu de travail ? Reste-t-on l’oreille collé sur le ventre de sa déesse, pour écouter son rythme cardiaque reprendre son état initial, après l’orgasme ? Prend –t-on le temps de fumer une cigarette en silence les yeux perdus vers  le futur qui se dessine et se décide… ?

La décision fut presque facile et irréfléchi. Les destins se changent toujours sur des coups de tête. Les effets secondaires se subissent après… La vie de Vesna a toujours basculé sur des fuites, cette soirée confirme un peu plus la tendance. Ils partirent à quatre et rentre à cinq vers Toulouse au petit matin. C’est la deuxième fois de sa vie que la jeune femme se fait « kidnapper ». La deuxième a pour elle, d’être légèrement plus romantique. Le crépuscule de la honte, de la prison psychologique et  de Jesùs Morena était là. Certes, elle ne sait pas où elle va, mais se sent en sécurité. Enfin...

 Le long de l’autoroute, dans les bras de l’homme, le front posé contre les vibrations de la vitre arrière, elle regarde l’aube se lever en repensant à la phrase de Nino qui a surement chargé de les convaincre tous les deux, quelques groupes de minutes en arrière dans cette chambre numéro 23 :

    -       « Tu sais, Beigbeder dit que très peu de gens ont le courage de se perdre vraiment… Je crois qu’on mérite d’en faire partie… »

 

Les destins se changent sur des coups de tête. Les effets secondaires se subissent après…  Les destins c’est l’aventure de s’enfuir du début de sa vie pour Vesna et choisir de sauver quelqu’un pour  s’engager avec pour Nino. Les effets secondaires c’est… Toulouse, la vie, le quotidien, les regards, les questions, les doutes, les ballades, la sexualité, l’avenir, seulement de l’huile d’olive dans les tomates, On fait quoi ce soir, J’ai envie de toi, Passe-moi le sel, J’y vais j’suis à la bourre, les procédures d’obtention de papiers, « le français pour les nuls(les) », Deux sucres dans café,  les visites de galerie d’art, On se boit l’apéro ? Elle, Lui, les autres…

Il est d’une évidence sans nom qu’une situation pareille est forcément compliqué à gérer. L’amour ne noie pas tout, n’embrument pas toutes idées. Vesna n’est pas Julia Roberts et Nino encore moins Richard Gere. Les gens se disent que ce qui les rapproche c’est leur goût des collections. Elles collectionnaient les hommes et les queues et lui, les femmes et les déceptions. C’est moche, horrible, cruel ou tout ce que vous voulez, mais pareil scénario n’évitent jamais pareil jugement. Rare sont les (français ?) personnes imperméable aux jugements. A tel point qu’ils s’immiscent avec perversité dans leur esprit. Nino ne fait pas exception à la règle.  C’est ainsi. Même si ce qu’ils vivent est beau, cela n’en demeure pas moins tortueux. Deux personnes placé au même endroit, vivant la même chose, verront deux choses diamétralement opposés. Il n’y a pas de vérité unique.

C’est l’histoire d’un homme qui tombe amoureux. Un jaloux qui tombe amoureux c’est un inconscient. Imaginez un jaloux qui tombe amoureux d’une (ex) pute … ?

C’est l’histoire d’une femme qui tombe amoureuse. Une pute (forcé) qui tombe amoureuse c’est une remise en liberté. Imaginez une (ex) pute qui tombe amoureuse d’un jaloux… ?

La période dorée des non-questionnements avait vécu. Rideau. Nino reproduisait son scénario de jaloux qui marquait clairement un manque de confiance en lui, mais surtout qui affichait au grand jour une idée castratrice : S’engager avec quelqu’un c’est comme faire l’achat d’un article « ni repris, ni échangé ». On tourne autour, on hésite, on ronge un ongle, deux, on gratte sans raison une partie de cheveux situé à l’arrière du crâne et on s’engage… Si ça ne vas pas, il faudra soit faire l’effort, soit faire avec… soit jeter…

Ce matin était venu. Ce matin de discussion. Vous savez, ce genre de matin qui suit les nuits aux yeux ouverts, aux moutons par millions, aux allers-retours aux toilettes.  C’était un matin comme un autre. C’était un matin à deux sucres dans le café de Vesna. Mais c’était un matin qui engageait une discussion compliqué.

Vesna ne s’y attendait surement pas. Vesna était heureuse de vivre un quotidien serein, même si elle sentait les prémices des difficultés de Nino à vivre avec une femme qu’on regarde, et surtout   une femme qu’on sait ex-pute. Et Nino se lança…

Je ne regrette rien, je ne sais pas, grattement de barbe, silence, reproches infondés, cigarettes, réponses sincère de Vesna, balbutiement, manque d’arguments…

    -    « Tomber amoureux de quelqu’un c’est comme réaliser un film, on voit défiler toutes les scènes et on aimerait en couper certaines au montage » lança-t-il en référence à ce passé encombrant.

    -    « Je n’ai pas choisi. Si je m’en suis sorti c’est parce que je suis une cassette audio… Chaque homme était comme une chanson. Chaque chanson effaçait celles précédemment enregistré, de même que dans ma mémoire chaque souvenir écrasait le précédent… Ma dernière chanson c’est toi… » Répondit Vesna amoureuse.

Silence, émotions dans la colonne vertébrale, frissons, retour à lui, oui mais non, mais, euh, c’est pas comme ça, re-cigarettes et sentence… :

     -    « Si tu m’aimes on croira que tu simules… On appelle ça une réputation… »

Avez-vous remarqué comme un homme qui est jaloux et  qui doute peut être dur ?

Elle répondit calmement :

     -   « Je t’aime déjà. L’amour rend la fidélité obsolète. Ce n’est plus un évènement, un sacrifice, une tentation… c’est une évidence… »

Silence.

Il venait de causer beaucoup d’humidité sur le visage de Vesna. Nino termina sa dernière blonde pour éviter sa brune, l’écrasa dans le cendrier. Peu fier de lui, ses yeux fixaient le sol. Il prit recul dans le fauteuil face à elle qui le regardait à travers sa brume oculaire. Il la regarda enfin. Elle était belle. Elle était Vesna. Même les larmes lui allaient bien. C’était incroyable, il venait de découvrir la seule personne belle en pleurant… Il se leva, embrassa son front, dit « pardon » et s’en alla.

La porte de la cuisine est entrouverte, à côté une plante verte rayonne grâce à la luminosité d’un rayon de soleil estival de 18h, qui pénètre le salon par la grande baie vitré à l’opposé, lorsque Nino reviens. Là, sur le canapé, elle lit L’absurdité des choses d’Enzo Parisse, (oui cet Enzo qu’elle avait connue lors de son passage en Italie) la tête en bas, les jambes en l’air, une main dans ses longs cheveux châtain… Une odeur arrive jusque dans ses narines et un sifflement mélodieux dans ses oreilles. Il fait chaud, elle regarde l’heure, il est parti il y a plus de six heures, elle ferme les yeux brièvement, il est rentré depuis cinq minutes, puis elle les ré-ouvre soudainement à cause du bruit du plateau qui se pose sur la table basse. La tête à l’envers, elle regarde à l’endroit et découvre le sourire de son homme qui lui remet les idées à l’endroit et le cœur à l’envers… Elle se retourne, lui glisse un baiser charnel et attrape le verre que lui tend Nino.

Il admire Vesna boire son verre de whisky, il pense au bel alcool qui s’invite dans sa jolie bouche, s’immisçant sur sa merveilleuse langue et s’engouffrant  dans son ravissant œsophage.

    -   « Tu as l’alcool jolie… et érotique aussi… un peu… »

    -   « Fout toi de moi !!! Tu essayes de me saouler pour qu’on couche ensemble ?! Ça n’a aucun sens. Je t’aime. »

    -   «  Non !!! Je sais que tu préfères le whisky au Champagne. Et le Champagne, on s’en sert pour célébrer ici, en France… »

    -    «  Tu veux m’épouser ?! »

    -    «  Non. Je te fais épouser une petite galerie d’art… 15, rue de la croix Baragnon… Elle est à toi… Je t’ai fait dire OUI devant le notaire,  cet après-midi à 15h38, heures françaises. On verra plus tard pour l’église… »

C’était surement trop. Mais est-ce qu’une vie pareille ne mérite-t-elle pas d’avoir enfin le soleil à tous les étages … ?

Les deux êtres restent figés. Vesna semblent dire à Nino des choses qu’on ne dit qu’avec des yeux couleur Whisky… Le plan s’arrête là. La caméra les fixe par-dessus leurs épaules. Epaule de Nino sur laquelle Vesna, dépose délicatement sa tête enfin apaisé. Puis travelling arrière, panoramique. On traverse l’appartement, le quitte par la porte d’entrée, descend les escaliers à 10cm des marches avant de s’élever en sortant de l’immeuble, prend la route, fuit Toulouse, arpente l’autoroute. Sing for you de Tracy Chapman s’installe en bande-son. On passe la frontière inexistante, se dirige vers Barcelone, rentre dans un bordel et atterrit sur un homme et une femme assis sur deux tabouret, accoudés à un comptoir en train de discuter...

 

Quand il revient à lui, Nino est assis en face de la plus belle femme du monde. La plus meurtrie aussi. Il la regarde avec un brin de compassion, une dose d’empathie et un zest  de délicatesse, passe sa main, avec tendresse, dans ses cheveux pour lui placer derrière une de ses oreilles comme pour être sûr qu’elle appliquera bien son message :

    -   « Pardonne toi Vesna, parce qu’il n’y a personne d’autres qui le fera pour toi… »

Petit à petit, il est involontairement 5h du matin. Nos quatre garçons ont pris place dans leur chemin inverse. Le silence est roi…

C’est l’histoire d’une soirée qui a tout changé. En amour, des détails ridicules peuvent modifier  une nuit, des mois, des décennies… une vie… Le corps de Nino est parallèle à son lit. Il a, ce soir, saisi des choses à travers une histoire qu’il ne vivra jamais. Non, Nino ne sera pas le héros d’une comédie dramatico-romantique à base de prostituée grecque. C’est un bon pitch, mais il n’en a simplement pas la capacité. Ce soir, il a compris que certaines personnes naissent sous une bonne étoile et d’autres un peu moins…  L’aube s’est levé pour accompagner le crépuscule de sa vie d’avant et borde ses paupières qui se ferment.

Le lendemain, il est 17h du matin, quand il les ré-ouvre. Toulouse la nocturne l’attend. Antoine arrive et lui dresse le scénario de sa partie de jambes en l’air d’équilibriste à huit jambes, de la veille. Nino ne prête pas trop attention à ses détails graveleux. Gilles les attends dans une heure au Four Roses, leur bar de nuit habituel. Barcelone est déjà loin. La soirée se passe comme de coutume. Il y a là des filles apprêtée, d’autres un peu moins, il y a là des hommes bourré, d’autres qui s’apprête à le devenir. Il y a là des gens qui usent leurs semelles sur la piste et d’autres avachit le long de ces comptoirs,  quelque fois théâtre de séduction douteuse. Tandis qu’Aloe Blacc divulgue qu’il a besoin de dollar sur des notes de soul, une chose lumineuse fait irruption dans la monotonie redondante des constats nocturnes de Nino…

Il y a là une personne... une fille, enfin une femme... et aussi une merveilleuse petite robe blanche à fines bretelles. Un nez mutin surplombant une bouche habillée de lèvres charnues légèrement rosée... des paûmettes saillantes qui accompagne cette longue mèche noire de cheveux joliment coiffée et frustrante car elle prive de la profondeur étincelante de ce regard... Son cou, à peine dévoilée, à côté de cette coiffure intelligemment dégradée. Le drame est de ne pas avoir accès à sa nuque qui doit être découverte à l'instant précis où Nino prend cette photographie mentale... Rageant !!! Quelle délicatesse dans cette pose... Ses clavicules, ses bras et ses épaules à la peau ambrée sont offertes par-delà la blancheur exaltante de cette merveilleuse robe... ses bretelles l'érotise légèrement... Il sourit (comme un abruti). Cette robe est définitivement lumineuse, lorsqu’il découvre qu'au bout de sa longueur ondulée, elle offre le galbe majestueux de ses jambes si brillamment talonnée...  Cette femme, qui a des allures d’apparition divine, ne lui est pourtant pas étrangère…

Beigbeder a écrit : « Nous côtoyons des anges, tous les jours sans le savoir ». La véracité de cette citation venait d’éclairer Nino. A quoi sert une femme comme Bérénice, songe-t-il, à part à petit-déjeuner dans une chambre éclairée par les rayons de soleil qui traverse des volets négligemment refermé, un dimanche matin ; à faire l’amour plus que de raison ou à faire des escalopes milanaises le samedi midi tandis que vous changez une des ampoules des WC qui a grillé la veille ? Les légumes s’achèteront au marché le samedi matin. Les agriculteurs l’appelleront  par son prénom. « Ah bonjour mademoiselle Bérénice ! ». C’est le genre de fille qui reste lumineuse et pleine de grâce même avec des tomates et des poireaux dans son cabas et un melon dans ses mains. Nous irons au Venezuela, au Chili, au Costa-Rica, au Népal et en Nouvelle-Calédonie faire des indigestions de bonheur partagés. Nous habiterons dans un appartement avec terrasse donnant sur le ciel pâle des après-midi de Septembre, les oiseaux passeront par ici, des chiens aboieront plus loin et parfois nous nous y assierons enlacé, après être rentré à l’aube, pour contempler  le petit matin qui sera jaune comme une omelette…

Mais pourquoi pense-t-il à tout cela ? Surement a-t-il envie que demain soit un baiser dans le cou, une bretelle de soutif qui s’échappe d’une épaule, que demain soit trois doigt qui viennent à la rencontre de sa barbe pour le sortir de sa nuit apaisée précédent l’amour silencieux et sauvage du matin…

L’amour est une condition climatique. Nino est en plein hiver lorsqu’il se retrouve face à Bérénice. Il grelotte, ses jambes tremblent, il a du mal à bouger ses lèvres, ses joues deviennent rosées. On n’est jamais vraiment soi-même lorsqu’on a froid…

Nino s’est éclipsé à l’extérieur pour fumer une cigarette, s’amusant à recracher une fumée semblable à celle qui sort de nos bouches à basse température. Bérénice sort à son tour. Le temps semble en suspension… Elle discute, touche des épaules, claque des bises, rigole, l’aperçoit, effleure une esquisse de sourire et s’en approche.

Les mots ont été fait pour raconter et décrire ce que l'on voit, vit et ressent...alors... Les belles choses méritent d'être dites aux belles personnes...se persuade-t-il. Alors que Nino termine, en grelotant, de lui narrer son apparition, à laquelle il a assisté lorsqu’elle posa son premier talons sur les premiers centimètres du Four Roses…

    -   «  Qu’est-ce que tu as ? On dirait que tu as froid ? » lui demande-t-elle, déstabilisée par une si subtile envolée littéraire.

    -   «  Il a l’air de faire bon au coin de ton sourire… »

Sourire, Bérénice le fit alors un peu plus, tout en s’approchant délicatement de Nino…

Il fut soudainement question d’été dans le corps de Nino…

Par Alex Taurel - Publié dans : Roman d'un jour - Communauté : ecrivains en herbe
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    - Etudiant en 2ème année de glandouille option "Rêves plein la tête".
    - Vis en collocation.
  • - A été élevé avec Voici, Elle, Psychologies, L'Equipe et Cosmopolitan comme compagnon de WC...
    - A un rapport particulier avec l'alcool (dixit ses proches).
    - Venère Hank Moody, Cédric Klapisch, Francois Damiens et Jean Marc Ravera.
    - Aime Barcelone, Espigoule, le foot, écrire, le cinéma francais, l'accent belge, la musique et les gens.
    - Est "amoureux" de Romain Duris.
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    Signe particulier : Recordman du nombre de création de groupes sur Facebook

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