LE METRO PARISIEN (selon Wikipédia) : Entré en service en 1900, le métro parisien transporte aujourd’hui environ 4,05 millions de voyageurs par jour (1,473 milliard à l’année). Il comporte 16
lignes en site propre, essentiellement souterraines, totalisant 215 kilomètres. Il dessert 301 stations (385 points d'arrêt), dont 62 offrent une correspondance avec une autre ligne.
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Louise et moi, nous nous sommes
rencontré dans le métro. Si quelqu’un veut bien calculer les probabilités de croiser son bonheur dans le métro, grand bien lui en fasse, mais je sais qu’elles tiennent à tout sauf au
hasard. « Il est des êtres dont c’est le destin de se croiser. Où qu’ils soient, où qu’ils aillent, un jour ils se rencontrent ». J’ai enfin compris le sens de cette phrase de
Claudie Gallay, un début d’après-midi de Mars. C’était un Lundi et oui il faisait soleil. Ce jour-là, il faisait frais mais qu’à moitié. Le genre de frais qui te fait te couvrir, mais
laisse le soin au soleil et ses rayons de te réchauffer le corps et le cœur à la moindre occasion. Le genre de frais, à bien y réfléchir, qui laisse présager un printemps heureux. J’étais
dans la ligne 3 du métro, direction Pont de Levallois puis descendu à Strasbourg/St Denis pour prendre la ligne 4, direction Porte d’Orléans. Je suivais les couloirs de ce labyrinthe à multiples
échappatoires, lisant çà et là les titres de pièces de théâtre actuels, écoutant avec plus ou moins d’attention les notes, par toujours justes, d’un vieillard violoncelliste, sans doute ici pour
accompagner ses dernières heures d’un public pas toujours concerné. A un moment, le virage du couloir était à 90°, s’en suivait une vingtaine de marches en descente qui débouchait sur quelques
distributeurs de titres de transports, un primeur… et Comets de Cocoon résonna dans les oreilles des usagers, ou seulement dans les miennes… ? Soudain ma lenteur de
marche se ralentit encore un peu plus. Là, un photomaton et son rideau gris/bleu refermé au trois/quart. Dedans l’arrière des genoux d’une femme, posé sur des mollets fuselés, eux-mêmes naissant
de délicates chevilles ancrées dans des pieds enrobés de merveilleux talons noir 8 centimètres taille 37 (à vue d’œil). Tout ceci derrière un voile légèrement opaque de bas sombre. Je
faisais presque du surplace. Un homme pressé venait de percuter mon épaule gauche sans que je n’y prête attention. Elle sortit d’un seul coup et dans un éclair s’empara de ses clichés avant de
foncer vers le quai où, comme semblait indiquer le bruit vrombissant, une rame était sur le point d’arriver… Mon rythme s’accéléra soudainement. Je montai in-extremis dans le même wagon
qu’elle. Avec le monde, je n’en savais pas plus sur elle. Tout juste que ses cheveux étaient châtain… Auburn ? Cuivré ? Roux ? et ondulés. Une station… Deux… Des places se libèrent. Je m’assois,
pas elle. Elle me tourne le dos. Tant mieux. On découvre toujours trop vite les femmes. Je constate que mes premières illuminations métropolitaines sont surplombées d’une jupe noire et d’un
trench-coat beige juxtaposé avec ses cheveux qui arrive à mi- dos… St Michel, toujours pas de visage. Le voyage continue… Je me suis demandé où elle pourrait bien descendre. St
Placide ? Denfer-Rochereau ? Nonnnnn… Et puis je me suis dit que si elle descendait à St Germain-des-Près à quelques pas de mon boulot, je la suivrais. Oui… c’était bien St Germain.
Odéon, Son regard se porte vers la droite, et son profil ; dissimulé derrière sa lumineuse chevelure qui se fourra entre son épaule et son menton ; s’offre à moi. Son nez et sa lèvre supérieure
sont retroussé, sa bouche légèrement ouverte, son menton affiné, ses cils allongés. Bordel, cette demi-personne était la grâce incarnée. Je n’ai rien fait… je crois. Ah si j’ai murmusoufflé
du bout des lèvres « oh putain ! ». Selon une étude U.S de Stéphanie Ortigue (Université de Syracuse) réalisé en 2010, il ne faudrait pas plus de 20 millièmes de secondes pour tomber
amoureux…Une information à mettre au conditionnel, mais il semblerait bien que je me situais dans le temps impartie. Et St Germain est arrivé. Les portes se sont ouvertes, elle est sorti, je l’ai
suivi… Elle est arrivé aux escaliers pour remonter à la surface, a monté une, deux, trois marches puis ce fut mon tour. J’ai relevé la tête au moment où mon pied droit s’est accouplé à la
première marche. Tout était au ralentit. A contre-jour, je devinais son corps à travers ses vêtements ; des jambes prêtes à s’enrouler autour de moi, des fesses faites pour poser ma tête dans les
jardins publics lors des siestes pendant les interminables après-midi de juin, des hanches dessinées réclamant l’envahissement de ma paire de mains ; ses cheveux illuminait déjà l’avenue. A cette
minute-là, ça devait être la 75ème de la 45ème heure, Paris a cessé d’avoir 2 234 105 habitants et la RATP de revendiquer plus de 4 millions d’utilisateurs quotidien. Nous n’étions plus que
tous les deux. Enfin, j’étais le seul à le savoir…
Comme un serpent hypnotisé par la mélodie de son charmeur, je l’ai suivi. Elle ne marchait ni vite, ni doucement, ni avec rudesse, ni avec lenteur. Elle marchait avec des talons et c’était beau.
Je regardais le mouvement, parfaitement maitrisé, de ses jambes avancer sur le bitume à trois mètres d’elle. Parfois lorsque le feu était rouge, je pouvais m’en approcher à moins d’un mètre, et
si par chance un peu d’air malicieux passait par là, il m’offrait un échantillon de son odeur. Je ne sais plus où j’étais. J’essayais de me rappeler où j’allais au moment où je l’ai croisé mais
c’était flou. Aucune idée. Comme si j’étais sorti de chez moi en ce jour de repos pour aller à la rencontre de mon futur. Je crois bien que c’est à l’instant où j’ai pensais ça, que je me suis
rendu compte qu’elle n’avançait plus et que ma vision de ses jambes talonnées n’était plus la même. Il y avait eu une rotation à 180°. La pointe de ses chaussures, ses genoux me faisaient
désormais face. Sa jambe droite passa devant sa gauche comme pour m’annoncer « Allez viens mon gaillard, je t’attends et tout est verrouillé ». C’est là que je décidais d’enfin relever la tête
pour m’offrir; tel Christophe Colomb avec l’Amérique; la découverte d’un nouveau monde. Son trench-coat n’était pas bien fermé et laissait apparaître un chemisier blanc cassé. Ses cheveux
ondulaient jusqu’à sa poitrine et mettaient entre parenthèse son cou et son visage. Il était de face, la prolongation harmonieuse de son profil. A ceci près qu’elle possédait des yeux
bleu/gris/jaune au nombre de deux ce qui me propulsa l’espace d’une demi-seconde sur une plage caribéenne du Costa-Rica. Je n’y restai pas bien longtemps.
- Je me demandais si vous alliez attendre ce soir pour me violer, ou si vous étiez un mauvais détective en filature qui cherchait à savoir qui j’étais, où j’allais… Un
conseil ? cherchez à « inaccessible » dans le dictionnaire, ce sera plus simple.
- Enchanté Inaccessible.
- Mais sérieusement ! vous n’allez pas bien ? On ne fait pas ça aux gens !!! qu’est-ce qui vous prend de me suivre depuis la sortie du métro ?
(Si elle savait…)
- Huuuum… Personne n’est parfait…
- Je vous gifle maintenant ou j’attends de me présenter ?
- La gifle d’abord. C’est toujours excitant d’avoir un contact physique avec une inconnue…
(ET VLAN dans la gueule !!!)
- C’était Louise…
Assena-t-elle en tournant les talons, reprenant sa marche en avant. Pas le genre d’évènements m’empêchant de la suivre à nouveau.
J’étais doublement marqué au fer rouge. D’abord parce que j’avais la trace de ses doigts sur ma joue et sa chaleur qui y résidait, ensuite parce que son prénom avait trouvé écho dans mon esprit.
« Louise ». Je répétais ce prénom en boucle et l’épelais. « L… O…U… I… S… E… ». Il n’y avait que des lettres qui me convenaient… Et c’est là que je me suis rendu compte que j’étais aussi le
genre de type capable de tomber amoureux d’un prénom.
Mon cœur battait fort. Son évocation du détective avait éveillé en moi de l’excitation. J’étais en mission et je ne devais pas la perdre. Très vite, elle pénétra dans un immeuble à la porte
d’entrée imposante. Elle l’ouvrit avec difficulté ce qui me permit d’en profiter pour sprinter et me faufiler juste avant que la porte ne se referme. Mon entêtement à forcer mon agilité avec les
portes de rame de métro trouvait ici une issue bienveillante. Tapis dans l’ombre, j’observais ma proie monter encore des escaliers (peut-être trouve-t-on ici, la raison de la qualité
esthétique des jambes de Louise ?) pour entrer sans sonner, ni sortir de clefs à la première porte à droite du deuxième étage. Je parcourais les derniers escaliers en laissant mon cerveau
réfléchir sans raisonnement. Sur le palier, je découvrais la plaque devant la porte : « CUEVAS, Chirurgien-dentiste ». Je restais planté devant, me demandant si c’était son nom de
famille ? Si c’était son métier ? Le métier du mari ? L’amant de son métier ? Et je me rendais compte que je réfléchissais n’importe quoi. Quelqu’un arriva d’un étage plus haut, s’arrêta et me
demanda :
- Bonjour Monsieur, Qu’est-ce que vous faites ?
- … J’ai rendez-vous avec Cuevas…
- Et… ?!
- …Et il est 14h58. J’ai rendez-vous à 15h. Je n’ai pas envie d’être en avance.
L’absurdité de cette réponse lui fit poursuivre son chemin. Cette réplique qui faisait référence à un personnage de La délicatesse de David Foenkinos, me fit constater avec
réjouissance que mon boulot m’apportait une culture littéraire et cinématographique, qui me fournissait des armes vocales pour me sortir de situation gênante. Je décidais donc de rentrer.
Apparemment, Louise n’était pas la secrétaire médicale.
- Bonjour Monsieuuuuuuuuur… (très aigüe et chantant)
- Bonjour (très mou et discret)
Elle me regardait. Moi le plafond. S’en suivi un long silence très gênant au bout duquel je reprenais :
- Oui, madame… euh… je viens pour un rendez-vous urgent. Je crois que je me suis cassé une dent, il faut absolument qu’on me voit, qu’elle me voit…
- Calmez-vous, Monsieur. Le docteur Cuevas et son assistante peuvent vous recevoir…………. Me disait–elle, tout en tournant les pages de son carnet de rendez-vous.
(« C’est l’assistante !!! » pensai-je débilement et sans aucune raison avec trois points d’exclamation)
- ……demain, entre deux rendez-vous, en urgence, à….. 15h !!!
- Très bien je prends !!! Léandro ! Merci, au revoir !
A peine, ma phrase terminé, mon corps était déjà dehors. Mon esprit envolé. Et je ne me souviens de rien d’autre, hormis qu’avant de rentrer chez moi, j’avais fait un détour par le canal Saint
Martin, pour faire quelques ricochets…
Il faisait froid et beau. Ou moche et chaud ? Je ne m’en souviens plus et à vrai dire ce n’est pas très important. C’était le lendemain, j’avais emprunté exactement le même trajet que la veille.
Parmentier > Strasbourg/St Denis > St Germain… A ceci près que je n’avais pas choisi le même horaire que la veille, ne voulant pas croiser une nouvelle fois Louise ici. J’avais appelé mon
patron pour lui demander ma journée pour «souci dentaire » (Je ne pouvais raisonnablement pour lui dire que c’était pour : futur en cours de construction). Tout sourire, j’arrivais sur les lieux
de ma filature, sonnais cette fois-ci à la porte d’entrée de l’immeuble, choisissais encore de prendre les escaliers en sifflotant et apposais ma main sur la poignée de la porte qui allait
m’ouvrir le chemin vers elle. (Là, je fais le malin, mais je vous avoue qu’en réalité je n’en menais pas large). Je déclinais mon identité à la secrétaire qui se souvenait très bien du personnage
pressé d’hier et me priait d’aller attendre le docteur dans la salle d’attente. Ce fut très rapidement mon tour, ce qui me rappela que je venais consulter un dentiste, pour… Absolument rien
du tout. Je m’installais un peu contracté sur le fauteuil, dans cette pièce un peu froide et très peu accueillante. Docteur Cuevas, caché derrière son masque, allait me demander la raison de mon
urgence… Et la lumière fut :
- Excusez-moi Georges, je suis en retard… je ne sais pas ce qui m’a pris, je pensais à… et puis…
Ses yeux tombèrent dans les miens…
- Mais ?!... Qu’est-ce que….
- Bonjour Inaccessible…
- Pourquoi êtes-vous sur mon lieu de travail ?
- Parce que c’est le vôtre !!!
- … (sourcil froncé)
- … (yeux brillant, sourire gêné)
- … (front plissé, yeux passant de Louise à moi, à Louise, à moi… et bouche caché derrière un masque)
- Je tombe souvent sur vous en ce moment…
- Vous voulez tomber sur moi samedi vers l’heure où le soleil commence à somnoler ?
- … (sourire et dent du haut se mordant lèvre du bas, en baissant la tête)
- … (« Oui ?! » avec les yeux)
- Bon ! Aller. Ça suffit ! Nous avons du travail. Je vais vous demander de bien vouloir quitter le cabinet.
M’annonça-t-elle, après une brève reprise en main, tout en me raccompagnant vers la porte.
Elle a dit « au revoir », j’ai entendu « à très vite », elle m’a susurré « demandez mon numéro à la secrétaire », j’ai compris « Oui pour samedi, j’ai hâte ». La bienveillante Rosie me
donna effectivement son numéro de téléphone. Le reste ? Le reste n’est que blabla, promenade, ciel bleu, doutes, ricochets, écriture, projection du samedi dans ma tête, flip, conseils miteux des
copains, rêves, envie de cigarette, insomnie, texto de rendez-vous à Louise, refus de refumer… Et samedi qui arrive.
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Texto échangés entre Louise et moi :
« Bonjour stop… Rendez-vous samedi 16h stop… Sur le Ponts des Arts stop… Svp, venez avec vos jambes stop… Ce message ne s’autodétruira pas stop… Votre détective en filature stop… »
« Ok pour 16h. Par contre, je dois vous tourner le dos au rdv ? Je crois que c’est ce que vous connaissez le mieux chez moi. »
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Le matin du samedi, je m’étais levé à 6h30 sans l’aide
de réveil. Une fois n’est pas coutume j’étais allé petit-déjeuner. C ‘était au Starbucks de la rue St André des Arts, à deux pas de mon boulot. Et puis j’avais travaillé sereinement toute
la matinée. Je crois même qu’il m’était arrivé de siffloter et de jouer trois accords de piano en passant. A 13h, j‘étais rentré chez moi en flânant dans les rues de L’ile de la cité, engouffrant
un croque-monsieur pour repas, puis j’avais pris le métro. Une douche et j’étais déjà reparti. Je ne sais plus trop pourquoi, j’étais passais par le bureau de tabac pour acheter un paquet
de cigarette. Cela faisait six mois que j’avais arrêté. Je l’avais rangé dans la poche de mon jean’s, et j’avais poursuivi ma route. Le Ponts des Arts : J’avançais fébrilement vers ce
rendez-vous. J’étais perché, foutu, cuit, dans la nasse et pas malheureux de la savoir. Mes pas étaient très lent sur ces planches de bois surplombant la Seine (j’avais un peu d’avance), j’avais
mal au bide, la bouche sèche, j’étais stressé donc j’ai sorti une clope que j’ai fumé. Donc j’ai encore plus asséché ma bouche, mais ça faisait du bien. Et finalement je m’étais dit que, le
goût de la cigarette pour faire découvrir un gout aussi intime que celui de ma bouche à Louise, c’était moyen. Le goût de notre bouche, c’est un peu Nous mis à nu. Y’a plus rien pour camoufler
quoi que ce soit. Alors j’avais pris une grande taffe, j’avais recraché la fumée, écrasé ma cigarette et donné mon paquet au mec qui fumait accoudé à la barrière, les yeux mi-clos, le
regard triste vers l’ouest et son soleil descendant. Il semblait en avoir plus besoin que moi. Du coup, je m’étais enfilé un tic-tac. Bref, j’étais arrivé en avance et c’était voulu. Je voulais
être le premier et attendre. Attendre pour voir si elle aussi serait dans cet état-là. Attendre pour la voir arriver. Attendre pour voir son regard qui me cherche. Ce regard qui trompe
rarement les intentions, les sensations… Et j’ai vu. Elle est arrivée. Elle était belle, son port de tête était haut, elle me cherchait avec envie, anxiété et plaisir, ça m’a suffi, j’ai décollé…
On doit le vivre au moins une fois ça. Rien qu’une, parce qu’après ça n’a plus la même saveur. Elle était à vingt mètres, je me suis levé, elle m’a vu et a souri en accélérant sa foulée. Vingt
mètres à parcourir et j’ai eu l’impression qu’elle mettait une éternité. Et puis tant mieux… parce qu’après plus rien ne serait comme avant, il fallait se souvenir de ces derniers instant de vie
sans elle.
Nous nous promenions Rue de Seine depuis une centaine de mètre, j’écoutais le bruit envoutant de ses talons claquer sur le bitume, quand je me suis rendu-compte d’une chose : Si nos échanges des
jours précédents avaient réussi à faire sauter la barrière de la gêne des premières minutes de rendez-vous, nous permettant de se tutoyer. Il n’en était pas moins, qu’elle ne savait toujours pas
mon prénom. Je sorti alors mon téléphone (Je supposai qu’un « conard » raisonna dans son intimité) pour lui envoyer le texto suivant : « Le conard à côté de vous, qui ne s’est pas présenté et qui
sort son portable alors qu’il est en rendez-vous, s’appelle Alex ». Elle le reçu, le consulta puis m’adressa un sourire qui, j’espérais, voulait dire « Oui, moi aussi je suis amoureuse de ton
prénom ».
Nous avions ensuite bifurqué Rue Mazarine, pour que je lui montre l’endroit où je travaillais. Il faisait doux, c’était agréable pour un mois de Mars. Le ciel avait allumé ses lumières tamisé
mélange d’orange, de rose et de bleu nuit, réchauffant les yeux et libérant le cœur. Nous nous engagions dans la partie piétonne et pavé de la Rue de Buci pour reprendre le Boulevard
Saint-Germain en direction du Café de Flore (car oui, nous avions décidé de boire, pour notre premier rendez-vous, un café au prix du caviar !), quand la vie nous a fait voyager dans le temps. Un
groupe de « Street-musicians » sexagénaire jouait du Jazz’N’ Blues. Nous nous sommes arrêté, j’ai soufflé à Louise qu’en fermant les yeux, nous nous retrouverions peut-être à La Nouvelle-Orléans
en Louisiane. Les premières notes de saxophone et de trompettes ont tourbillonné, Louise s’est approché, a pris mon bras et a posé sa tête sur mon épaule et What a Wonderful
World nous a embarqué avec Louis Armstrong dans les années 3O’. Des fois, le monde est merveilleux…
Au Café de Flore, nous avions poursuivi notre
découverte l’un de l’autre, j’étais sans doute assis sur la chaise de Boris Vian, elle léchait à n’en point douter la cuillère à café de Simone de Beauvoir. Le p’tit noir coûtait les yeux de la
tête (de toute façon je l’avais perdu), mais ça valait le coup d’être ici car comme disait Jean-Paul Sartre « Le Flore c’est une pièce de théâtre qu’on vit tous les jours ». Là,
je lui avais expliqué que j’écrivais mais sous un pseudo, que certains de mes romans avaient été publié, qu’elle était le genre de personne qui facilitait mon inspiration. Elle avait bougé sa
tête de droite à gauche très lentement, tout en me fixant, pour me faire comprendre qu’elle savait que j’étais entrain de sortir les violons. Pour crédibiliser mes propos, j’avais dû me résoudre
à lui exposer une théorie aussi audacieuse que mensongère :
- Tout auteur a besoin d’une muse pour prendre de la hauteur. Bien que certainement bisexuel, Shakespeare ne manquait pas à ce mécanisme. Et la Dark Lady, à qui il avait
adressé une vingtaine de ses poésies d’amour l’avait compris. Elle-même avait avoué « J’inspire Shakespeare ! ». Elle était sa respiration artistique… Je t’ai déjà dit que j’aimais bien
ta façon de prendre de l’oxygène ?
- Sinon, ça marche avec les filles, d’habitude, les belles paroles ?... Flatteur !
- Flatteuse !
- … Non… Flattée !
Nous venions de nous créer un silence. Lorsqu’un silence gênant est prolongé parmi une assemblée, on dit qu’ « un ange passe ». Ce n’était pas le cas. Ce n’était pas ce genre de silence. Au
contraire, c’était le genre de silence qu’on redemande. Nous n’avions rien de plus à dire et c’était tant mieux. Nous nous faisions face, nos yeux souriaient et oscillaient entre leurs semblables
et les tasses de café, nos sourires étaient pincé et il était évident que nous avions fait notre, cette maxime de Quentin Tarantino dans Pulp Fiction : « On sait qu’on a
trouvé quelqu’un de spécial, quand on peut la boucler et partager un silence agréable. ».
La nuit était tombée. Le crépuscule commençait à faire place à l’aube de notre histoire. Pour éviter, de croiser trop de connaissances, dans ce quartier que nous fréquentions à longueur de
semaines tous deux, j’avais émis l’idée de poursuivre notre soirée dans un autre arrondissement, ce que Louise avait trouvé fort à propos. Nous nous étions donc réfugier dans le 11ème, au
quartier Bastille. Attablés au QG, rue de la roquette, l’ambiance était plus cosy, chaleureuse et feutré, les échanges moins littéraire et séducteur mais plus intime et personnel.
Enfoncés dans des fauteuils Club en cuir marron foncé, alliant le confort et l’élégance des années 2O’, sous les gouttes violettes du Purple rain de Prince, nous nous laissions
aller à plus de confidence. Ici, un complexe sur un grain de beauté mal placé ou la découverte d’une passion commune, là un souvenir honteux de l’adolescence, plus loin une anecdote sur la
relation parentale douloureuse. Nous dégustions nos confits de canard sans nous lâcher des yeux. A un moment, on frisa l’incident érotique : Pour le dessert, Louise commanda un « pain perdu
au coulis de caramel laitier et sa glace au pain d’épices ». Elle se le vit servi sur une assiette plate en ardoise. Les enceintes diffusaient avec grâce, la profonde introduction de ce que
certains n’hésitent pas à appeler « la meilleure chanson du monde » : Stairway to heaven de Led Zeppelin (Décidément, cet endroit avait tout bon. Le QG, où comment
agrémenter sa vie d’une B.O de qualité !). Il faut le confier, elle se ruait avec une délectation non dissimulé sur son dessert apetissant. Elle prit une cuillère de pain avec du coulis et un peu
de cette glace et la porta à ma bouche ; toute heureuse de faire jouir mes papilles ; puis fit de même avec la sienne. Elle ne me regardait plus, trop occupée avec les restes de caramel dans
l’assiette. Moi je ne faisais que ça. Elle avait au coin de sa bouche et sur le dessus de sa lèvre un petit peu de cette glace. Moi je n’étais plus là, je n’attendais qu’une chose, qu’elle
s’endorme sur la table ainsi. Moi j’étais dans My Blueberry Nights. J’étais Jud Law voyant Norah Jones s’endormir en face de lui avec de la glace en coin et osant lui
débarrasser sa bouche de cette glace pour l’encombrer de ses lèvres. Et moi j’étais rapidement ramené à la vraie vie.
- Et sinon, qu’est-ce que ça te ferais, si je te disais que j’ai un fils de 6ans ?
- Ah ! (onomatopée exprimant un rire genre « quelle deconeuse ! »)
- J’ai un fils de 6ans…
- Aaaahhhh (autre onomatopée) hum….huuummm. Oui ! bah ouais, hum… Enfin non mais oui !
- … (?!)
- C’est bien. Enfin j’veux dire : C’est biiiiiien !!!
- … (?!)
- Félicitations !
- Alex ! Ca fait 6ans que je l’ai…
- Justement !!!
- Il s’appelle Tom.
- Son papa doit être fier de…
- Il ne connait pas son père. Moi si. Mais il n’existe plus.
- Hum…Il fait chaud là ?! Tu ne veux pas qu’on sorte ? On va boire un coup ? On va boire ?!
- Si tu veux.
Parfois, la vie rassemble le golf et une nouvelle histoire. Elle vous fait démarrer votre parcours avec un handicap.
Cette annonce m’avait quelque peu perturbé. Il est
toujours délicat de désirer une femme qui a déjà mis au monde, ça l’est d’autant plus quand l’enfant est encore très jeune. Néanmoins je me rendais bien compte que ma réaction était plus
que déplacé, surtout qu’après 48 secondes de réflexion, j’en arrivais à la conclusion qu’un Tom de 6ans, 30kg et 1m au garrot ne m’enlèverait pas de la peau une Louise. Je m’en voulais, j’étais
soudainement devenue maladroit et anxieux, mais Dieu merci, elle avait accepté sans hésitation mon invitation à prolonger notre rendez-vous, dans l’ivresse. Je ne l’avais peut-être pas perdue. A
Bastille, il n’est pas très compliqué de trouver un bar pour « boire un coup ». En sortant du QG, à droite se trouve la rue de Lappe. 265m de bars/cafés/resto pour ce qui est une des rues les
plus animés de Paris la nuit. La rue était bondée, dans les bars comme sur les trottoirs. Nous nous étions arrêtés au Bar sans nom. Décor chaleureux, fait de bric et de broc, coussins moelleux
partout sur des sièges dépareillés. Ambiance médiane (ni trop bruyants, ni trop calme) et cocktails cubains sous les notes de Long train running des Doobie Brothers. Idéal
pour reprendre un contact qui était au ralenti depuis notre départ du resto. L’endroit semblait lui convenir. Si j’ai autant de souvenir de ce bar, c’est parce qu’il est un endroit
marquant pour moi. Une première fois, Louise s’était levé, m’avait demandé de l’excuser et était allé fumer une clope sur le trottoir me laissant face à mes interrogations masculines, incapable
de déchiffrer le langage non-verbal féminin et face à l’angoisse de son absence pendant trois minutes et vingt-sept secondes. Une première fois, elle était revenue. Nous nous sentions vraiment
bien, son visage s’était re-décontracté. Une deuxième fois, Louise s’était levé, m’avait deman……. Une première fois je l’ai suivi dehors. Parce que je m’étais dit que quoi qu’il puisse arriver,
si elle venait à gouter ma langue, ce n’est pas le tabac qu’elle trouverait, mais bien le goût sucré des langues alcoolisé. Quoi de mieux lorsque l’on s’enivre de l’Etre désiré ? L’endroit est
marquant car c’est ici que j’ai recommencé à fumer. J’ai recommencé à fumer parce que l’idée de la quitter pour ses trois minutes et vingt-sept secondes de cigarette devant le bar m’était
insupportable. Dehors, face à elle, j’étais en (tentative d’) équilibre sur le bord du trottoir et sur un pied. Nous fumions, elle parlait et je découvrais des petits détails. Elle avait un
très léger chevauchement de ses incisives du haut. Très léger, mais pourtant visible. Et ces lèvres avaient une couleur légèrement violette. Je l’avais remarqué parce qu’elle se les
humidifiait systématiquement avant de parler… Les petits détails… C’est toujours ce qui vous fait passer de charmé à envouté, du bord du précipice à la chute… Ça fait mal de tomber amoureux ? Je
sais pas, mais en tout cas elle est belle la chute…
Le reste de la soirée ne fut que chiffres et Athlétisme. Aux 265 mètres de la rue, il convient d’ajouter que nous nous sommes lancés dans les bars parallèles. L’addition ? 1 homme, 1 femme, 2
heures, 10 bars (dont certains au nom cocasse : Le Balajo, La chapelle des lombards, Le Bar des ferrailleurs, Le Chantier interdit, Le Bar des familles…), 8 mojitos, 13 cigarettes, 5 whisky-coca,
1 effleurement de sa joue, 2 de son avant-bras, 132 pas-de-danse (certains de salsa, d’autres… frisant le ridicule), 7 fous-rires communs, 5 check, 1 départ sans payer, 2 chutes, 22m parcourus
tel un équilibriste sur le bord du trottoir sans trébucher, 31 sourires complices, 3 sonneries de cloche… Il paraît que la rue de Lappe est celle des Happy Hours. Ces heures (heureuses)
passés avec elle, en sont la plus belle des illustrations…
Et nous étions arrivés 23, rue Parmentier, en bas de chez moi sans même nous poser de questions ou nous en rendre compte. Comme si j’habitais dans la continuité de la rue de Lappe. L’euphorie
avait laissé place à l’apaisement ou à ce truc en peu bancal. Ce moment qu’on voit tous dans les films romantiques et qui se passe toujours naturellement. Ce moment qu’on vit tous après une
soirée de premier rendez-vous et qui se passe toujours difficilement. Ce moment où les distensions entre le langage féminin et masculin sont à leur paroxysme. Ce moment où personne ne sait (enfin
surtout les hommes).Ce moment guillotine, couperet, décisif, bord du précipice, pile ou face du « Devant la porte »… Et bien ce moment j’étais en train de le combler piteusement en fumant une
dernière clope et en lui avançant une théorie de comptoir selon laquelle «… le moment qu’on vivait révélait à quel point ce sont bien les femmes qui décident toujours ! Aussi bien du futur de la
terre que de celui des relations… ».
- Humhum… T’as fini Beigbeder ? On peut monter ?
- … Prend l’ascenseur, c’est au troisième. Moi je vais monter par les escaliers, mon père m’a toujours dit « que ça permet de réfléchir »…
- Bah oui, c’est vrai que t’as besoin de ça…
… Elle me sourit avant de que les portes ne se referment sur elle… Déjà je grimpais les escaliers quatraquatre… It’s so easy d’Erica Bjuremark raisonna dans mon cerveau,
dans mon corps, dans les 1m carré de l’ascenseur, dans la cage d’escalier, dans l’appartement de Monsieur Colleau du second… Ensuite, Je suppose qu’elle a dû s’adosser, prendre une légère
respiration, fermer les yeux… Elle s’est surement demandé si elle était au bon endroit avec la bonne personne, au moment où sa tête s’est penchée vers l’arrière pour appuyer l’arrière de son
crâne sur la paroi de la cabine. Ses deux mains ont tenu les lanières de son sac devant ses genoux. Ses jambes étaient entrecroisées et de son pied droit, seul le talon devait toucher la moquette
de cette pièce mobile. Elle eut seulement trois étages pour apporter une argumentation à sa réflexion. Trois étages soit exactement 62 marches pour moi. Je ne sais pas si c’est ce qui s’est
réellement passé pour elle, en revanche ce dont je suis sûr, c’est que l’on s’était quitté sur des sourires échangés à cinquante centimètres… et que l’on s’est retrouvé sur un baiser échangé à
zéro. Le baiser est équivalent au niveau de la mer pour l’altitude. Lorsque les portes de l’ascenseur s’ouvrirent sur le palier de mon étage, dans la fraction de seconde où sa vision s’ouvrit
vers l’extérieur, mes lèvres s’agrippèrent aux siennes et nous nous engageâmes alors dans une valse à deux temps… Un temps pour la légèreté, le tourbillon, la sensualité et la grâce le long
des quelques pas qui nous séparaient de la porte de mon appartement et un temps pour une belle chute commune. Une fois la porte ouverte puis renfermé avec excitation comme dans les films, nos
jambes s’emmêlèrent au tapis du salon et nous tombâmes à la renverse sur mon canapé de cuir marron et usé, avant de conclure au sol. Je crois bien que c’est à ce moment très précis qu’on
est tombé amoureux l’un de l’autre. Mon cul par terre, Louise sur moi, les fers en l’air, mes yeux dans les siens… Nos éclats de rires furent les préliminaires de notre nuit d’amour. Il n’y a pas
trop de mots pour décrire le moment où l’on déshabille pour la première fois l’objet de notre attention, la cause de notre tension. Encore moins pour le moment où on le touche. Quand notre
distance d’attraction physique passa à un chiffre négatif, la vie fut mise entre parenthèse. Ma bouche s’ouvra, mes yeux se fermèrent et mon cerveau, qui avait très chaud, fut soudainement à
l’étroit dans sa boîte crânienne. J’suis pas un délicat, mais là il faut avouer que ça m’avait fait sacrément chavirer…
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Demain était là. Et il n’y a rien de plus merveilleux que demain avec l’autre. Je fus réveillé par sa peau nue contre la mienne. Nos yeux s’ouvrirent à peine et sans échanger un mot, nous avions
pris le petit déjeuner au lit. Mais nul besoin de couvert… Seule une cuillère fit l’affaire… Une pour deux…
Ensuite Louise s’était assis sur le bord du lit, avait pris un stylo pour s’attacher les cheveux et me dévoiler sa nuque. Elle avait enfilé ma chemise et avait filé sous la douche. Je ne
comprenais pas trop le pourquoi de cette urgence sanitaire. Je constatais avec une moue dubitative l’horloge qui indiquait 9h30, et concluait, un peu chiffonné que nous n’étions peut-être pas sur
la même longueur d’onde. Elle sortit 8mn plus tard et s’habilla devant moi. Une fois ses affaires rassemblé elle se rapprocha, m’embrassa et entama :
- Je dois vite partir. J’aurais aimé rester toute la matinée… La journée même ! Mais je dois récupérer Tom. Il a passé la nuit chez un copain et la maman m’attend. Et lui aussi
m’attend… Tu sais hier, quand je l’ai évoqué, tu as eu l’air… catastrophé, inquiet ? sur le recul… Oui je suis une maman, mais je suis une femme aussi. Tom passe avant tout et je sais que cela
peut faire fuir. Alors je ne sais pas, je… je comprendrais si tu ne… enfin… En tout cas, j’ai adoré « tomber sur toi samedi vers l’heure où le soleil commence à somnoler ». Mais ce que je
veux c’est que ça soit clair. Ça peut être dur pour toi, frustrant…
Je lui coupai la parole avec mes lèvres… Ensuite, je m’étais levé, j’étais allé vers la fenêtre, j’avais tiré les rideaux, regardé le ciel bleu d’un dimanche matin de mars et m’étais
retourné vers elle :
- J’ai décidé que ma vie était un tout petit peu trop simple et que je voulais essayer de la compliquer avec toi…
- Ok. Alors appelle-moi quand tu veux qu’on se voie. Ce n’est plus la peine de me suivre dans la rue…
Et elle fila en m’offrant ses incisives du haut légèrement chevauchée comme souvenir. On s’est revu un peu… Et puis après beaucoup… Et finalement tout le temps…